Dès 2h30 ce matin, les forces de l’ordre ont commencé à évacuer les activistes du climat qui avaient investi la place Fédérale lundi à l’aube, une opération qu’ils ont achevée peu avant 6h. Tout s’est déroulé dans le calme. On était loin des scènes de violence qui avaient entaché la manifestation paysanne d’octobre 1996, dispersée par les gaz lacrymogènes de la police, voire celle de l’UDC en 2007, contrée par des jeunes du Black Bloc.

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Vers 2h du matin, la police a enjoint les quelque 150 à 200 personnes qui restaient sur la place à quitter les lieux volontairement à plusieurs reprises. «Nous avons contrôlé leur identité et leur avons signifié une interdiction de périmètre de 48 heures», déclare le porte-parole de la police Christian Gnägi. Quelques dizaines d’activistes ont suivi cet appel. Mais la majorité d’entre eux sont restés. Ils ont été emmenés par la police un à un. Les derniers, qui s’étaient attachés à des blocs de béton, ont été délogés par les sapeurs-pompiers, cela sous l’œil d’un juriste mandaté par les manifestants veillant à ce que personne ne soit blessé.

Mardi, on était passé d’ultimatum en ultimatum. Toute manifestation étant interdite sur la place Fédérale en période de session parlementaire, le Conseil national a approuvé une motion réclamant son évacuation. Mais son exécution a pris beaucoup de temps dans une ville de Berne dont le gouvernement est à majorité rose-verte. Le maire, l’écologiste Alec von Graffenried, aperçu brièvement cette nuit sur les lieux, joue sa réélection cet automne. Pour lui, toute intervention policière brutale était exclue face à un mouvement non violent faisant de la désobéissance civile.

C’est donc une étrange atmosphère qui a régné toute la nuit aux alentours du Palais fédéral. Sur la place, les activistes de «Debout pour le changement», bien décidés à poursuivre leur action jusqu’à la fin de la semaine comme ils l’avaient prévu. Face à eux, des forces de l’ordre dont la présence était massive, mais soucieuses d’éviter toute escalade dans la violence. De nombreux policiers, qui avaient bouclé le périmètre du Palais fédéral, avaient ôté leur casque et observaient les opérations, leur bouclier de protection posé sur le sol.

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Un peu à l’écart de la place, Anaïs Tilquin, porte-parole du mouvement, a fustigé l’action de la police à la suite de la décision des autorités municipales. «Nous sommes choqués de la façon dont la ville a décidé de nous déloger la nuit, comme si elle avait honte de cette décision. Notre action pour la justice climatique est légitime. Et c’est ici, face au pouvoir qui a laissé la crise climatique se développer, que nous voulons nous faire entendre», a-t-elle souligné. Les grévistes du climat estiment que la loi sur le CO2 que le parlement vient d’approuver est «un déni de réalité par rapport à l’urgence climatique qui s’impose».

A 6h ce matin, le porte-parole de la police Christian Gnägi s’est montré visiblement satisfait du déroulement des événements. «Les activistes n’ont pas opposé de résistance. A ma connaissance, personne n’a été blessé», a-t-il relevé. Les militants du climat ont été contrôlés sur place et doivent désormais s’attendre à une plainte.