Cinq hommes soupçonnés d'être liés à l'islamisme radical et violent ont été arrêtés, le 22 février dernier, par la police judiciaire fédérale, assistée de forces de police cantonales. Il leur est reproché d'avoir diffusé de la propagande incitant à des actes terroristes par le canal d'Internet, notamment des images montrant la mise à mort d'otages et la mutilation d'êtres humains, ont informé vendredi l'Office fédéral de la police et le Ministère public de la Confédération. Les sites en question étaient exploités activement par l'un au moins des suspects. C'est la première enquête de ce genre ouverte par les autorités fédérales, visant des activités de propagande extrémiste sur Internet.

Des perquisitions ont été effectuées à Fribourg, à Guin et à Bienne, indique Peter Lehmann, porte-parole du Ministère public fédéral. Les policiers ont dû user de la force pour pénétrer dans l'un des locaux. Le Parquet fédéral a ouvert une enquête pour provocation publique au crime ou à la violence et pour soutien à une organisation criminelle à vocation terroriste.

A ce jour, trois des personnes arrêtées ont été remises en liberté, deux autres restant détenues. Les cinq hommes, âgés de 30 à 40 ans, sont présentés comme étant de confession islamique «avec des tendances extrémistes». Ils viennent de Tunisie et de Belgique et résident légalement en Suisse.

Il faudra du temps aux enquêteurs pour analyser dans le détail la masse de documents en arabe et d'images qu'ils ont saisis. Le forum de l'un des sites internet visés aurait été souvent utilisé, selon les autorités, comme moyen de communication et de propagande par la mouvance islamiste. On y trouvait en particulier des instructions détaillées sur la fabrication de bombes ou sur la marche à suivre lors d'attentats ou de prises d'otages.

L'opération qui a conduit aux perquisitions du 22 février est l'aboutissement d'un long travail des policiers, qui ont accumulé des informations durant plusieurs mois. Selon un haut responsable de la sécurité, les investigations ont été discrètes mais efficaces. Elles ont mobilisé divers services, dont le renseignement intérieur, qui a pour mission de surveiller et d'évaluer les milieux de l'islam radical en Suisse, ainsi que ses interlocuteurs étrangers.

En septembre dernier, le site www.islamic-minbar.com, que la police fédérale avait placé sous surveillance, avait été fermé par le fournisseur d'accès suisse. Ce site, réalisé par un Tunisien installé à Lausanne, diffusait notamment des menaces contre des pays européens. Il avait également publié un message attribué à l'Armée islamique en Irak annonçant une décision prochaine concernant les deux otages français qu'elle détenait, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, libérés depuis. Après le bouclage du site, les services fédéraux n'ont pas cessé leurs investigations. Ils ont remarqué en particulier qu'un autre site était entré en exploitation, hébergé toutefois à l'étranger. Une demande d'entraide judiciaire a été déposée pour obtenir sa fermeture.

Ces nouvelles enquêtes du Ministère public de la Confédération viennent s'ajouter à celles que le Parquet fédéral a ouvertes pour établir si des individus ou des entités présentes en Suisse avaient ou non un lien avec Al-Qaida. Dans son rapport sur l'extrémisme rendu en août 2004, le Conseil fédéral continuait à estimer que, dans leur ensemble, les activités islamistes en Suisse s'en tiennent à la loi. Il reconnaissait cependant qu'une radicalisation de l'islam était perceptible. Ses effets ne touchent pourtant qu'une frange marginale de la communauté musulmane, affirmait le gouvernement, les groupes islamistes actifs en Suisse n'ayant pas par ailleurs développé d'activités terroristes au sens propre. Ces groupes, comme dans d'autres pays européens, «incarnent la manifestation la plus saillante de l'extrémisme religieux. Ils tendent à gagner en influence en s'appuyant sur la communauté musulmane vivant en Suisse, surtout les personnes fréquentant les centres islamiques et les mosquées.» Le rapport soulignait toutefois que l'attitude plus ferme de plusieurs pays européens face à l'islamisme pouvait exposer la Suisse à devenir une base de repli de ces mouvements.