Malmenée par les casseurs, critiquée pour sa gestion des émeutes dans la ville, la police genevoise vient d'éditer un magazine où elle relate en images sa vision des événements qui ont secoué Genève en marge du Sommet du G8. Cet album souvenir de 48 pages couleur, d'une grande qualité d'impression et esthétique, sera offert aux responsables politiques genevois, aux policiers en fonctions et à la retraite, mais aussi à leurs homologues allemands, bernois, zurichois et des autres cantons qui ont aidé à assurer la sécurité à Genève du 30 mai au 3 juin. Il retrace les différents moments de ce long week-end de l'Ascension: de l'arrivée des chefs d'Etat sur le tarmac de l'aéroport de Genève jusqu'au blocage des manifestants sur le pont du Mont-Blanc.

«Ce magazine a d'abord été réalisé pour les policiers. Nous voulions montrer la police avec un regard différent», explique son porte-parole, Jacques Volery. Les clichés réalisés par Mohammed Zouhri, un photographe professionnel indépendant, ainsi qu'Alain Pellodi et Armand Miras de la police genevoise, sont très différents des images parues jusqu'à présent dans les médias. Au niveau du style, mais surtout parce qu'ils mettent essentiellement le policier au cœur de l'action. Aucun commentaire, aucune légende n'accompagne les clichés, «car les photos parlent par elles-mêmes», estime Jacques Volery, qui ne se lasse pas depuis plusieurs jours de feuilleter le magazine dès qu'il en a le temps.

Conservateur adjoint du Musée de l'Elysée, le musée de la photographie à Lausanne, Jean-Christophe Blaser reconnaît la qualité professionnelle du magazine: «Il s'agit d'un véritable reportage photographique, avec des prises de vue originales, destinées à mettre en valeur le policier.» Les forces de l'ordre sont présentées dans différentes situations. A l'aéroport de Genève d'abord: en poste sur le tarmac avec un béret vissé sur la tête, des lunettes de soleil, un gilet pare-balles et un fusil-mitrailleur entre les mains; les bras écartés pour guider un hélicoptère à l'atterrissage; sur le toit de l'aéroport, un tireur d'élite cagoulé en train de lorgner dans la lunette de son fusil; mais aussi attablés dans une halle de Palexpo devant un gigantesque gâteau, ou allongés dans l'une des tentes.

«Les scènes racontent que c'est un boulot comme un autre, note Jean-Christophe Blaser. En plus, les photos montrent le côté technique de cette profession, avec les armes, les hélicoptères, l'équipement antiémeute.» Les images dévoilent aussi l'arrière-cour du G8, celle que les policiers devaient protéger, celle que presque personne n'a vue: les avions de l'US Air Force avec le C-17 Globemaster III qui débarque les limousines du président américain, les chefs d'Etat qui descendent, pris en charge par les hôtes genevois. Avec une qualité d'image due au fait que Mohammed Zouhri pouvait approcher son objectif partout: «J'étais à dix mètres de George Bush, alors que les autres photographes étaient relégués à 120 mètres», se vante-t-il.

Puis, au milieu du magazine, une image forte annonce l'autre côté du G8, celui des émeutes: dans le hall d'un immeuble, quatre policiers en tenue antiémeute, les jambes écartées, sont étendus, épuisés. Les clichés qui suivent ont tous été pris dans les rues. «Sans chercher à éluder les heurts, les images expriment l'idée que la police favorise l'esprit consensuel, mais ne cherche pas la confrontation», note Jean-Christophe Blaser. Plusieurs photos montrent des discussions entre des policiers et des élus du Grand Conseil, ainsi que le conseiller d'Etat Charles Beer. En revanche, si la cheffe de la Police, Micheline Spoerri, apparaît à deux reprises dans le magazine, ces photos datent d'une conférence de presse qui s'est déroulée en janvier 2003.

Le flou des clichés nocturnes pris dans les rues de Genève donne une impression d'action. Les casseurs sont évoqués, mais ne sont jamais montrés. «Nous n'avons pas voulu entrer dans la spirale de la violence. Les dégâts ont déjà été montrés par les médias», explique Jacques Volery.

Avec ce magazine, qui a coûté quelque 18 000 francs, la police genevoise compte d'abord rendre hommage à ceux qui ont participé à cet événement. Mais elle espère aussi donner une image positive de sa profession. Tiré à 6000 exemplaires, cet album souvenir du G8 est officiellement vendu 6 francs. Pour l'instant, il n'est pas prévu de le diffuser dans le public. Une possibilité que la police est prête à examiner.