Genève cherche toujours des moyens de lutter efficacement contre la radicalisation. Cinq départs ont été recensés par le canton en lien probable mais pas certain avec des zones de combat. Trois d’entre eux concernent des ressortissants suisses dont les cas avaient été signalés et étaient suivis par les autorités. Ces personnes avaient même fait l’objet d’un entretien préventif, a souligné Monica Bonfanti, la commandante de la police, lors d’une conférence de presse consacrée à ce thème brûlant.

Comme promis par le conseiller d’Etat Pierre Maudet en décembre, le sujet de la menace terroriste fait désormais l’objet d’une information régulière. Il y a six mois, le canton comptabilisait deux départs hautement suspects. Trois se sont ajoutés depuis, dont celui d’un Suisse et ceux de deux personnes en situation irrégulière. Aucun retour des régions affectionnées par les djihadistes n’a, pour le moment, été signalé.

Signalements en hausse

Les forces de l’ordre et tous les intervenants de terrain ayant été sensibilisés à cette problématique, les cas rapportés sont forcément en hausse et font l’objet d’un monitoring. Ils étaient 71 en janvier 2015 et ils sont passés à 321 en mai 2016. Sur ce dernier total, la brigade de sûreté intérieure (BSI) a estimé, après enquête, que 281 cas ne méritaient pas un suivi. Les 40 autres suscitent, à des degrés variables, plus d’inquiétudes et restent donc dans le radar de la police.

Les «entretiens préventifs», visiblement pas toujours suffisants pour décourager les velléités de rupture guerrière, consistent à mettre en garde les intéressés- par exemple ceux qui se félicitent des attentats sur les réseaux sociaux- contre les dangers qui les guettent. «Nos moyens d’empêcher un départ sont très limités, relève Monica Bonfanti, et le processus de radicalisation est parfois tellement rapide qu’il échappe totalement à la vigilance policière».

Brigade renforcée

Afin d’aiguiser ce regard, quatre postes supplémentaires ont été octroyés par la Confédération au renseignement genevois. L’effectif de la BSI passe ainsi à 18 policiers. «Ces nouveaux postes seront spécifiquement affectés au terrorisme et à la radicalisation. Un policier sera également détaché à Berne comme agent de liaison afin d’assurer un meilleur retour de l’information», précise le magistrat chargé de la Sécurité.

La plateforme de prévention des extrémismes violents, particularité cantonale qui regroupe une série d’acteurs, a également déployé ses effets. «Deux signalements ont fait état de situations préoccupantes dans des groupes de jeunes», explique Yann Boggio, secrétaire général de la fondation genevoise pour l’animation culturelle. La question a ainsi pu être rapidement discutée avec la brigade des mineurs.

Réponse sociale

La réponse sociale à cette menace- «plus importante encore que la réponse sécuritaire puisqu’il s’agit d’agir en amont», dira Pierre Maudet- mise sur la compréhension des phénomènes et une formation plus ciblée des enseignants et des éducateurs. Un site internet, baptisé «Gardez le lien», a été lancé ce vendredi, annonce Nicolas Roguet, le délégué à l’intégration. «C’est le premier étage de la fusée qui sera complétée par une ligne téléphonique et un centre de compétence», ajoute-t-il.

La mobilisation ne serait pas complète sans l’entrée en scène du conseil consultatif de sécurité, né de la nouvelle loi sur la police et chargé de penser les besoins du canton, qui a tenu sa séance inaugurale le 1er juin. Présidé par Pierre Maudet, ce groupe de spécialistes a consacré sa première réflexion au… risque de la radicalisation importée par le flot de migrants.

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