Jeudi dernier, la Brigade des stupéfiants de la police cantonale de Genève a effectué une saisie record de 11,75 kilos d'héroïne dans un appartement de la rue Calvin, dans la vieille ville de Genève. Une quantité suffisante pour couvrir les besoins du marché genevois pendant environ un mois. Parallèlement, une autre perquisition a eu lieu à la rue de Carouge. Chef de la Brigade des stupéfiants, José Villar se félicite du démantèlement de ce réseau, qui aura nécessité près de deux mois d'enquête intensive. Selon lui, la drogue saisie a une valeur marchande de près de 3 millions de francs. Elle était destinée à des dealers albanais ainsi qu'aux toxicomanes de Genève. Dans le même temps, la police a saisi un mousqueton, un revolver 357 chargé et «très accessible», six téléphones portables, un… gyrophare ainsi qu'environ 76 000 francs d'argent liquide.

Si cette opération a donné lieu à l'arrestation de trois complices, c'est avant tout le fournisseur de ce réseau, un Kosovar d'une trentaine d'années, installé dans un appartement «cossu» de la rue Calvin, qui apparaît comme le cerveau de ce trafic. Et fait nouveau, c'est la première fois que la police genevoise met la main sur un véritable «grossiste», qui importe directement la marchandise. Jusqu'ici, les trafiquants albanais allaient toujours se fournir auprès des «grossistes zurichois», relève un enquêteur.

Le fournisseur du réseau a été interpellé dans la rue aux alentours de minuit le 14 novembre, alors qu'il rentrait chez lui. La Brigade des stupéfiants a ensuite perquisitionné l'appartement de la rue Calvin et y a découvert la drogue dans la cave et sous l'évier de la cuisine. Père d'un enfant de 2 ans, le trafiquant est marié. Son épouse a été interpellée, puis relâchée, n'ayant visiblement joué aucun rôle dans le trafic. Dans l'appartement, les enquêteurs ont également trouvé une photo – prise au Kosovo – du jeune homme, vêtu d'un uniforme récent de l'Armée suisse et armé d'un fusil FASS-90. Sur une autre photo, il pose avec un candidat connu aux dernières élections qui se sont tenues dans la province yougoslave. Le dealer est né au Kosovo, y a fait ses écoles. Venu en Suisse voici plusieurs années, il est au bénéfice d'un permis C et l'un de ses deux parents vit également ici. Par le passé, il travailla comme peintre puis comme pâtissier avant de choisir délibérément de s'inscrire au chômage voici plus d'une année, explique un membre de la Brigade des stupéfiants. Décrit comme une personne «pouvant être dure», il portait souvent des pantalons militaires et fréquentait surtout des Kosovars.

Le jeune homme se rendait lui-même dans son pays natal pour s'approvisionner et revenait à Genève par la France puis la frontière «verte» franco-genevoise. Il cachait les paquets d'héroïne dans la carrosserie de l'une de ses deux voitures, «particulièrement adaptée». Pour pouvoir découvrir d'éventuels liens avec d'autres réseaux, la drogue saisie sera analysée par l'Institut de police scientifique et de criminologie de Lausanne avant d'être remise au Palais de justice et enfin incinérée à l'usine des Cheneviers…