La gendarmerie vaudoise ne sous-estime pas les carences que révèle un cas comme celui de Philippe. Ainsi s'est-elle interrogée sur le déroulement de cette affaire lors d'un rapport de police et d'une séance d'état-major. Les cadres de la police sont sensibilisés au problème depuis quelque temps déjà: leurs troupes sont de plus en plus souvent confrontées à des personnes souffrant de graves déséquilibres psychiatriques. C'est pourquoi l'état-major de la gendarmerie a lancé une réflexion visant à resserrer la collaboration entre policiers et médecins dans le cadre de chacune des régions du canton.

De la même façon, le «cas Philippe» a fait l'objet de discussions à l'hôpital de Cery. «En psychiatrie, de telles situations sont toujours discutées de manière approfondie par les équipes avec les directions médicales et infirmières», souligne Eric Toriel. Directeur des institutions psychiatriques, il assure que des cas semblables sont rares, une dizaine par année, mais préoccupants.

«Consciente du problème, poursuit Eric Toriel, la psychiatrie institutionnelle a mené, depuis l'automne 1999, une réflexion sur ses possibilités d'interventions dans des cas particulièrement difficiles. Elle aboutit notamment à la conclusion qu'une prise en charge adéquate n'est possible que grâce à une action complémentaire des différentes instances concernées. Pour prolonger cette réflexion, elle vient de lancer un appel à des personnalités des domaines judiciaire, pénitentiaire, socio-éducatif et médicaux».

On ne sait pas en revanche si des interrogations tout aussi sérieuses portent sur le fonctionnement clanique de l'institution psychiatrique elle-même. Car, comme semble l'indiquer les aléas du «cas Philippe», les médecins de l'hôpital n'ont pas tous la même capacité à offrir des solutions appropriées à des patients qui sont frappés par des troubles à la fois graves et inhabituels.

Reste la question de la loi sur la santé publique vaudoise, qui privilégie les droits de la majorité des patients en institutions psychiatriques tout en abandonnant les cas extrêmes à l'institution carcérale.