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La police zurichoise s’adapte à la réalité numérique avec ses «ICoP»: deux agents, un homme et une femme, qui passent la moitié de leur temps sur les réseaux.
© René Ruis

Innovation

La police s’empare des réseaux sociaux

Le premier policier en ligne de Suisse est entré en fonction en 2015 à Zurich. Depuis, la ville a engagé un deuxième agent pour patrouiller sur la toile et se rapprocher des jeunes

Patrick Jean veut devenir votre ami. Barbe et allure décontractée, malgré l'uniforme, le policier Municipal de 34 ans patrouille sur Facebook, comme d'autres arpentent les rues. Il partage son petit bureau zurichois avec Eleni Moschos, 41 ans. Les deux «ICoP» (pour Internet Community Policing), seuls du genre, en Suisse, passent la moitié de leur temps devant l'écran de leurs ordinateurs et l'autre moitié sur le terrain. La police de Zurich s’est inspirée de la Finlande, où les forces de l'ordre ont déjà largement adopté les réseaux sociaux.

Sur son profil Facebook, on voit Patrick Jean, tout sourire après une intervention réussie. Ou posant devant un miroir, vêtu d'un gilet à poches, arme à la ceinture, prêt à sortir pour veiller sur la sécurité des rues lors de la Streetparade, grande fête techno à Zurich. Le quotidien de flics ordinaires, raconté sur les réseaux sociaux.

Lire aussi: Thomas-Gabriel Rüdiger, criminologue: «La police doit être présente en ligne comme dans la rue»

Plusieurs raisons

«C'est le principe de la police de proximité, appliqué à l'espace numérique. Nous faisons en sorte d'être visibles, pour instaurer la confiance et faciliter nos échanges avec les citoyens. Les jeunes ne font pas de distinction entre espace physique et internet. Les réseaux font partie de leur quotidien, comme le trajet de l'école. La police doit s'adapter à leur réalité», explique Patrick Jean.

Simple opération publicitaire de la police municipale, pour améliorer un image mise à mal? Pas seulement, affirme l'agent. La présence en ligne leur permet de désamorcer des conflits, de renseigner la population, de faire du travail de prévention. Et, parfois, d'obtenir des informations.

Une discussion qui dégénère 

Les agents prennent l'exemple d'une discussion animée, sur Facebook, avec des commentaires aux relents racistes. «Nous avons publié un message incitant les gens à réfléchir à leur propos au bas de la discussion. Peu à peu, les publications problématiques ont été effacées». En cas de doute sur la nature délictuelle d'un propos, le policier contacte l'auteur du message pour l'avertir qu'il fait l'objet d'un signalement. «La plupart du temps, cela suffit à calmer les propos haineux. Notre but n'est pas d'engager des poursuites à tout prix». Mais les interventions ne sont pas toutes si anodines.

Un jour, une jeune femme prend contact avec Patrick Jean via Instagram. D'abord, juste un: «hello, ça va?». Après quelques smiley, la jeune femme raconte être rentrée ivre avec un homme et, ne se souvenant plus du reste de la soirée, elle craint d'avoir eu des rapports sexuels sans consentement. Elle a 14 ans, vit dans un village et appréhende la réaction de ses parents et du voisinage, si elle se rendait au poste pour déposer plainte. «Au fil de la discussion, j'ai pu la convaincre de déposer plainte. Un contact par internet permet de construire nouer le dialogue autrement que dans la rue ou au poste».

Règlementation rigoureuse

En ligne, pas d’heure de fermeture des bureaux, pas d’uniforme, ni protocole. Et plus de place pour la confidence. Les ICoP, toutefois, n'agissent pas autrement sur les réseaux ou dans la rue: ils ne cherchent pas activement d'infractions, mais interviennent sur demande d'un tiers. Ils doivent respecter la sphère privée, tout comme la présomption d'innocence. En cas de délit officiel (racisme, incitation à la haine, violence conjugale, par exemple), ils peuvent engager eux-même des poursuites pénales. S'il s'agit d'un litige entre privés en revanche, ils interviennent sur la base d'une plainte. 

Parfois, les policiers en ligne se heurtent aux frontières nationales. Une mère a contacté récemment Eleni Moschos depuis l'Allemagne, pour dénoncer un messages à caractère sexuel reçu par sa fille. L'agent zurichoise a dû l'orienter vers les autorités de son pays. Patrick Jean, lui, s'est confronté à d'autres limites: alerté sur une discussion qui dégénérait dans un forum sur les sextoys, il s'était vu refuser l'entrée sur la page Facebook, réservée aux femmes. Pour faciliter le contact avec une majorité de la population, la police Municipale, lorsqu'elle a décidé d'ouvrir un second poste d'ICoP, a décidé de privilégier une candidature féminine. 

Notoriété en hausse

A force de raconter leur vie de flic sur les réseaux, les ICoP zurichois ont gagné en popularité. Souvent, des jeunes les reconnaissent lorsqu'ils patrouillent dans un parc public. «Ils se prennent en photo avec nous, puis publient les images sur Facebook», raconte Eleni Moschos en souriant. Patrick Jean ne voit pas cela comme un obstacle, au contraire: «Le contact personnel établi via les réseaux sociaux nous donne une autorité, au-delà de l'enseigne. Nous ne sommes pas seulement un uniforme, mais une personne. Cette confiance facilite notre travail. Les jeunes, surtout, se montrent plus coopératifs».  

Lorsqu'il est devenu père, Patrick Jean l'a déclaré sur Facebook, entre deux post sur des interventions policières en ville. L'annonce a provoqué un déluge de félicitations. Mais il y a aussi des ratés. Le soir de l'attentat au Bataclan, à Paris, Patrick Jean rentre d'une intervention banale, suite à une inondation dans un immeuble. Il n'a encore rien perçu des événements dramatiques en cours en France, et publie une blague sur sa soirée. C'est le tollé. Les internautes lui reprochent aussitôt sa légèreté. Il efface son message et présente des excuses. «Le plus important, c'est de rester en dialogue», dit-il.

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