L'affaire commence par une mort suspecte, et qui est longtemps restée sans explication. En mars dernier, un Palestinien de 27 ans, accusé de trafic de drogue, périssait dans un ascenseur de l'aéroport de Kloten, alors que la police s'apprêtait à l'expulser. Explication officielle évoquée à l'époque par la police: le trafiquant abusait peut-être de ses propres produits. Depuis, plus rien. Les autorités se sont réfugiées derrière l'enquête en cours pour se refuser à d'autres explications.

Dans son édition de dimanche, l'hebdomadaire SonntagsBlick apporte quelques lumières sur ce dossier. L'enquête, selon des «sources fiables», serait terminée, et sa conclusion ne surprend guère, au vu des nombreux précédents: le jeune Palestinien est mort étouffé par le ruban adhésif que les policiers bernois responsables de son expulsion lui avaient collé sur la bouche pour l'empêcher de crier. Au moment des faits, l'homme était en outre menotté et attaché à un fauteuil roulant pour éviter toute agitation indésirable durant le vol.

Aucune source officielle n'a pour l'instant désiré commenter cette information. La directrice de la police cantonale bernoise, Dora Andres, dit encore «attendre les conclusions» de l'enquête. Mais elle a aussi déclaré au SonntagsBlick que, depuis les faits, l'usage de ruban adhésif lors des procédures d'expulsion avait été abandonné.

Si les faits se vérifient, ils conforteront la démarche du groupe zurichois Augenauf, qui entend défendre les droits des étrangers en situation irrégulière: celui-ci a déposé une plainte pénale contre les autorités responsables de l'expulsion du jeune Palestinien. «Nos pires craintes ont été confirmées, a déclaré l'un des membres d'Augenauf au journal alémanique. Au vu de la façon brutale dont les gens étaient entravés, cela devait arriver.»

De fait, des incidents similaires se sont déjà produits dans plusieurs pays d'Europe. En Allemagne, en Autriche et en Belgique, des réfugiés sont morts étouffés durant leur expulsion. Le ministre belge de l'Intérieur a été contraint à la démission après que la responsabilité de ses services dans la mort d'une expulsée africaine a été prouvée. En Autriche, son homologue, un social-démocrate, a catégoriquement refusé de faire de même, tout en admettant que la mort d'un réfugié africain étouffé par du ruban adhésif était «une faute tragique».