Asile

«La police a traité des requérants comme des délinquants»

Avocate des neuf Ethiopiens qui ont été arrêtés dans la Mission permanente de leur pays, Me Laïla Batou fustige le comportement de la police genevoise. Elle dénonce des interrogatoires «inappropriés»

Arrêtés le 5 octobre par les forces de l’ordre alors qu’ils protestaient dans la Mission permanente d’Ethiopie à Genève, deux des 9 manifestants ont été auditionnés ce mercredi par la police internationale. Requérants d’asile, déboutés ou réfugiés, leur identité avait été transmise aux représentants diplomatiques, révélait le quotidien La Liberté. Depuis, ces opposants au régime d’Addis-Abeba affirment avoir été l’objet de pression, craignant également que leurs proches restés en Ethiopie soient victimes de représailles. Des accusations que réfute la représentation diplomatique éthiopienne. En parallèle, la Tribune de Genève annonçait l’ouverture d’une enquête de la police sous l’autorité de sa Cheffe Monica Bonfanti, n’excluant pas que l’Inspection générale des services – «la police des polices» – soit saisie du dossier.

Avocate des neuf Éthiopiens, Me Laïla Batou blâme le comportement «inadéquat» de la police genevoise dans cette affaire. Elle s’en explique.

- Le Temps: Comment expliquer que les identités de vos clients aient été transmises à la Mission d’Ethiopie?

- Me Laïla Batou: La police a un a priori sur les candidats à l’asile, qu’elle assimile à des délinquants. Elle oublie que ce sont jusqu’à preuve du contraire des personnes à protéger. La situation des droits de l’Homme en Ethiopie est connue, et la divulgation de leur identité peut avoir des répercussions très lourdes sur mes clients et leurs familles.

- Certains de vos clients ont été auditionnés mercredi par la police internationale. Que leur reproche-t-on exactement?

- Au début de l’interrogatoire: d’avoir participé à une manifestation non autorisée, d’avoir tapé sur des vitres, déplacé des meubles et injurié du personnel diplomatique. Puis, les policiers ont changé leur fusil d’épaule en invoquant une violation de domicile, ce qui n’était pas le cas puisque la zone était ouverte au public. La première audition a duré plus de trois heures! Malgré sa collaboration, mon client s’est fait mettre une pression considérable. Toujours en attente d’une réponse sur sa demande d’asile, on lui a posé des questions scandaleusement indécentes du type «avez-vous les moyens de financer votre retour» ou «prenez-vous l’engagement de contacter un organisme d’aide au retour». Cela bafoue clairement le droit d’asile.

- Que réclamez-vous?

- A ce que les policiers reçoivent des directives claires pour traiter cette population fragile, et qu’ils cessent de poser des questions inacceptables. Au milieu de l’interrogatoire, mon client s’est effondré. Jusqu’à preuve du contraire, c’est lui qui devrait être protégé par la Suisse.

- Vous avez reporté les auditions prévues jeudi. Que comptez-vous faire?

- Des auditions sont prévues le 28 novembre. Mais mes clients refuseront désormais de répondre aux questions de la police. Ils s’exprimeront devant le Procureur s’il y a lieu.

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