Les vingt-six polices cantonales, agissant de concert sous l'égide du Centre suisse de prévention de la criminalité, ont lancé jeudi à Berne une nouvelle campagne nationale. Intitulée «Escroquerie au placement», son but est de sensibiliser le public à ces mirages dévastateurs que sont les placements à forts rendements, juteux mais faux, vantés par des marlous de la finance. Le préjudice annuel de ce type de criminalité est estimé à un milliard de francs. Les cibles choisies par les malfaiteurs sont la plupart du temps des particuliers d'un certain âge disposant d'une petite épargne, explique Robert Steiner, chef de la Police de sûreté du Valais. Les démarcheurs-escrocs, dont la majorité réside en Suisse, ferrent le client par téléphone. Et l'abusent. L'argent, lui, disparaît souvent à jamais. Aussi les victimes sont-elles non seulement pécuniairement défaites, mais aussi moralement atteintes, un peu honteuses d'avoir été grugées, relève Hans Martin Tschudi, chef du Département de la justice de Bâle-Ville. Beaucoup renoncent à porter plainte. La campagne amorcée jeudi vise aussi cet objectif: montrer aux personnes touchées par ce fléau qu'elles sont plus nombreuses qu'elles le croient. Afin qu'elles brisent le silence.

Les polices cantonales, dans une brochure disponible auprès des postes de police et des nombreuses banques partenaires de la campagne, ont établi des «règles d'or à observer» si l'on entend «réaliser de gros gains sans risque». Parmi les neuf recommandations à suivre, citons: «Je ne donne pas suite à une prise de contact spontanée», «je me renseigne sur le conseiller financier», «je me méfie des promesses de placements à haut rendement, car les risques sont proportionnels aux bénéfices escomptés», «je me renseigne auprès de ma banque, de mon gérant de fortune, de ma fiduciaire ou de la police». Un site Internet (www.stopescro.ch) fournit de plus amples informations.

Postfinance en retrait

Le Centre suisse de prévention de la criminalité souhaitait obtenir la participation de Postfinance à sa campagne. Ce dernier, dont la gamme de services comprend des conseils en fonds de placement, en négoce d'actions et la vente d'assurance vie, a décliné l'offre, car «elle ne correspondait pas à notre politique entrepreneuriale», affirme le porte-parole de Postfinance, Alex Josty. Peter Giger, directeur du centre précité, a une autre explication: «Postfinance n'a pas voulu prendre part à la campagne pour des raisons politiques. En effet, on ignore encore si La Poste pourra ou non se lancer dans l'activité bancaire proprement dite et accorder des crédits.»