Il est un peu le monsieur nouvelle procédure pénale de la grande maison. Olivier Prevosto, membre de l’état-major de la police judiciaire genevoise, coordonne depuis plusieurs mois la mise en œuvre des règles qui s’imposent désormais aux inspecteurs, aux gendarmes et aux agents de la police de sécurité internationale. Une petite révolution qui a nécessité formation, modification des ordres de service et, plus sensible encore, évolution des mentalités. Une véritable «conversion» pour des policiers habitués jusqu’ici à travailler sans trop devoir se préoccuper des textes et surtout sans jamais voir d’avocats assister aux interrogatoires. Le Temps: En quoi la nouvelle procédure constitue-t-elle un bouleversement pour la police? Olivier Prevosto: Le travail de la police doit devenir beaucoup plus précis. Par exemple, tout ce qui est saisi lors d’une perquisition doit être emballé en présence de la personne mise en cause, laquelle devra encore se déterminer brièvement et signer un procès-verbal. Auparavant, on prenait ce qui semblait utile et on faisait le tri après. Les exigences formelles sont désormais plus élevées et leur non-respect peut entraîner l’annulation des actes. Le policier sera incontestablement amené à faire infiniment plus de paperasse. – La présence de l’avocat dit de la première heure suscite-t-elle des craintes ou des réticences particulières? – C’est effectivement la grande révolution de ce code. La police est psychologiquement préparée à cette évolution du système et la formation a aussi porté sur cette manière nouvelle de travailler sous l’œil d’un défenseur. La thématique n’a toutefois pas été sur-traitée. Car il faut attendre la mise en pratique. Il est évident que ce ne sera pas facile pour ceux qui ont baigné vingt ou trente ans dans l’ancien système. Certains y voient une perte de leur autonomie et un signe de défiance alors que d’autres le perçoivent comme un progrès qui amènera une clarification des rôles de chacun. Parler d’un choc des cultures relève toutefois du fantasme. On doit simplement apprendre à se connaître et à vivre ensemble en salle d’audition. Les avocats ont eux aussi certaines craintes par rapport à cette première audition durant laquelle l’état émotionnel du prévenu est souvent particulier. Il a fallu réfléchir à des mesures qui garantissent à la fois la confidentialité de l’entretien et la sécurité. Des boutons d’alarmes ont été installés dans quelques salles. – Cette nouvelle ambiance, le fait qu’un prévenu ne se sentira plus aussi seul et sous pression, est-t-elle forcément moins propice aux aveux? – Il est clair qu’on ne pourra plus utiliser toutes les ficelles du métier pour amener un suspect à dire les choses. Le bluff parfois utilisé par le passé n’est au demeurant plus possible. Le nouveau code prohibe clairement toute tromperie pour obtenir des aveux. Retrouvez l’intégralité de cette interview dans l’édition du «Temps» du 18 janvier