Valais

Le policier qui promet de bousculer les vieux partis

Le porte-parole de la police valaisanne, Jean-Marie Bornet, brigue un siège au Conseil d’Etat. Critiquant vivement le gouvernement, il est à l’origine d’une nouvelle formation qui prétend dépasser les appareils politiques

Quand il se fraie un chemin dans les allées encombrées de la foire du Valais, quelques politiciens le raillent gentiment et de nombreux badauds le félicitent chaleureusement. Pouce levé, une femme le hèle: «Merci d’animer la campagne!»

Dans une interview vidéo concédée au Nouvelliste en marge de l’événement, Jean-Marie Bornet a laissé échapper: «Je rêve de quelque chose de nouveau, qui soit basé sur les projets de société plutôt que sur les clans». Sur le ton de la plaisanterie, il a promis de réfléchir à une candidature au gouvernement. Ses déclarations inspirent de nombreuses réactions, souvent enthousiastes et parfois indignées. Plutôt content d’avoir suscité l’intérêt, il nie le coup prémédité et joue à assumer son dérapage, l’air de rien: «Quand on me pose une question, je réponds franchement».

«Notre formation veut incarner le ras-le-bol de la population»

Pour un proche, «il attendait le bon moment depuis longtemps». Jean-Marie Bornet réfute: «Nous avons toujours visé les élections de mars 2017». Entouré d’une vingtaine de personnes qui prétendent «dépasser les appareils de parti», et qui ont choisi «d’agir au lieu de râler», Jean-Marie Bornet prépare son coup depuis plus de deux ans. Dans la presse, il évoquait déjà un «printemps valaisan» en 2014.

Aujourd’hui, il avance une charte d’une vingtaine de pages: «Notre formation veut incarner le ras-le-bol d’une population exaspérée par la paralysie de ses institutions et désintéressée des débats stériles». Elle présentera prochainement ses candidatures, au moins au gouvernement et peut-être au parlement. A l’origine du projet, Jean-Marie Bornet affiche clairement ses ambitions: «Je veux servir mon canton et je suis à disposition.»

Un homme de réseaux

Le visage taillé à la hache, les épaules larges et le vocabulaire fleuri d’un chasseur chevronné, il est très présent dans les médias. Jean-Marie Bornet a la responsabilité de l’information et de la prévention de la police cantonale depuis douze ans. Fraîchement quinquagénaire et père de deux enfants, cet ancien employé de commerce a obtenu un brevet de policier en dialecte haut-valaisan avant d’étudier le droit pénal. Homme de réseaux, il a ses entrées dans la presse depuis longtemps. Par ailleurs, son frère dirige désormais la chaîne de télévision cantonale, et sa compagne occupe un poste à responsabilité au Nouvelliste. Selon lui, ces liens le désavantagent: «Professionnellement, mes proches sont obligés de prendre leurs distances.»

«On peut se distancer des appareils politiques même si on les a côtoyés toute sa vie»

Fils d’un ancien conseiller d’Etat démocrate chrétien, Jean-Marie Bornet martèle qu’il ne veut plus «des tireurs de ficelles» et que «l’époque des clans est révolue». Pourtant, il passe régulièrement pour un héritier du système qu’il dénonce. Agacé par la remarque, il dit toute l’admiration qu’il porte à l’œuvre de son père, et répète qu’il n’a jamais adhéré à un parti: «On peut se distancer des appareils politiques même si on les a côtoyés toute sa vie».

Sans enthousiasme pour l’exercice, il finit par se définir de «centre-droit», tout en insistant beaucoup: «Les projets de société que je défends ne sont ni de gauche, ni de droite». Volubile, le policier parvient à chanter son amour du Valais tout en pestant contre «les affaires». «Pas du tout en harmonie avec la conduite actuelle de l’Etat», lui et les siens entendent à la fois «bouleverser la forme et le fond».

Prêt à dégainer

Photos de chasse avec armes et bouteilles, coups de gueule ou messages de soutien fidèles à son commandant accusé d’avoir volé une pièce archéologique: Sur les réseaux sociaux où il s’exprime sans modération, le professionnel de la prévention semble capable de se faire pardonner tous les excès. Il s’est néanmoins attiré de sérieuses inimités. En 2013, il avait choisi de publier les images des instants qui ont suivi l’accident de Sierre, qui avait coûté la vie à vingt-deux enfants belges. Il avait alors fait l’objet d’une dénonciation pénale pour violation du secret de fonction. Avant qu’il ne soit blanchi, plus de 1500 personnes lui avaient exprimé leur soutien.

De cette affaire, il conserve un profond ressentiment pour la ministre Esther Waeber-Kalbermatten. Plutôt rancunier malgré son apparente bonhomie, il se compare volontiers aux reines de la race d’Hérens: «Quand on me donne un mauvais coup de corne, j’en rends trois».

«En politique, lorsque l’on dérange, c’est très bon signe»

En Valais, l’élection au gouvernement de mars 2017 promet désormais de se révéler plus animée que prévu. Interrogés par la presse, les représentants des différents partis politiques n’apprécient pas beaucoup le discours de Jean-Marie Bornet. Le gouvernement non plus, qui a débattu ce mercredi des devoirs de réserve et de loyauté de son employé.

Pour le policier, «le peuple est mon seul patron» et «on ne me renverra pas facilement à la niche». Assez fier des remous que suscitent ses déclarations, il affirme sur un ton de cow-boy prêt à dégainer: «En politique, lorsque l’on dérange, c’est très bon signe». Déterminé, il a déjà agendé une conférence de presse pour la fin de l’année. Un peu bravache, il lance: «Quand je fais quelque chose, c’est toujours dans l’intention de réussir».

Lire aussi: La guerre des socialistes bouleverse la campagne au gouvernement valaisan

Publicité