L’affaire a fait tant de bruit qu’elle est remontée jusqu’à Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur. Celui-ci, qui se dit «soucieux du comportement des policiers placés sous son autorité» – il a suspendu récemment des agents «ripoux» de Marseille – vient de donner suite à la plainte déposée par de jeunes Annéciens à l’encontre de gendarmes qui les auraient frappés.

Le ministre a saisi la police des polices et le Directeur central de la sécurité publique «aux fins d’un examen approprié». Les faits remontent à la nuit du 13 septembre 2012. Trois amis se trouvent dans un bar du centre de la préfecture de Haute-Savoie, rue Sommeiller. R., 21 ans, sort pour fumer une cigarette et s’étonne de voir son copain J. être contraint à monter dans un véhicule de police. Il s’approche et apprend le pourquoi de cette interpellation: J. a uriné contre un bosquet. R. dit aux deux policiers qu’il trouve ce motif «ridicule». Jiacomina Sale, l’avocate de ce dernier raconte la suite: «Mon client qui est resté poli est alors poussé par un policier puis frappé à la tête avec une matraque. Il lui demande d’arrêter en montrant son bras cassé et sous résine suite une chute mais reçoit un autre coup dans les côtes et à l’arrière de la tête. Il tente alors de se défendre et donne des coups de poing pour repousser le policier puis tente de s’enfuir avec un autre ami venu le secourir. Ils seront rattrapés».

Placé en garde à vue puis sous mandat de dépôt, R. est poursuivi pour violences aggravées. Au commissariat, R. affirme avoir reçu des coups de poing, subi une clé de bras, un coup de pied dans le dos. A minuit, des pompiers se déplacent car R. saigne abondamment au cuir chevelu et se plaint de son bras cassé. Il est emmené à l’hôpital trois heures plus tard et est menotté au lit. Une lésion traumatique est décelée, il est recousu. Libéré le 17 septembre après un séjour à la maison d’arrêt d’Aiton, R. voit un médecin de ville qui ordonne un scanner et une radio, examens non prescrits jusque là, et conclut à 7 jours d’incapacité totale de travail.

Jugement le 5 février

R. encourt sept années d’emprisonnement et une forte amende pour violences aggravées sur personnes détentrices de l’autorité publique. De son côté, l’avocate de R. a porté plainte pour violences aggravées à l’encontre d’un policier. Elle attaque aussi le commissariat de police d’Annecy pour mise en danger de la vie d’autrui et mauvais traitements. L’affaire sera jugée le 5 février au Tribunal d’Annecy. Maître Wielfried Weber, défenseur de l’un des agents, rappelle que «ce sont avant tout les policiers les victimes». Son client a subi 12 jours d’arrêt de travail. Selon les policiers, les jeunes, en supériorité numérique, ont vite pris le dessus et les ont roués de coup. «L’un a même tenté de se saisir la matraque télescopique de l’un des agents» soutient l’avocat. R. et J. étaient en léger état d’ébriété, leur taux d’alcoolémie s’élevant à 0,77 g. pour R. et 0,66 g. pour J.

Stéphane Bouchet, journaliste au Dauphiné Libéré, explique qu’Annecy, ville réputée calme, «est confrontée depuis quelques mois à des sorties de bar de nuit mouvementées et que des individus n’hésitent plus à s’en prendre physiquement aux forces de l’ordre». «Il y a aussi cette nouvelle délinquance d’Europe de l’Est attirée par Genève et qui déborde désormais sur Annecy. Notre personnel, en sous-effectif, est donc un peu à cran» confie un policier. Dans le cas précis, il ne s’agissait pas de voyous mais d’étudiants sans problème. La mère de J. est elle-même gendarme et les jeunes n’ont pas d’antécédents judiciaires sinon une condamnation au casier de R. pour vol de vélo. Tout cela laisse à penser à la défense qu’il s’agit bel et bien d’une bavure policière «d’autant, indique l’avocate Jiacomina Sale, que les vidéos des deux caméras des couloirs du commissariat où mon client a dénoncé des actes de violence sont manquantes».