Policiers genevois formés sur un rocher vaudois

Accord Genève rejoint l’Académie de police valdo-valaisanne de Savatan

Les aspirants des trois cantons feront des stages en milieu urbain au bout du lac

Dès 2016, les aspirants de police genevois iront se former à Savatan, nid d’aigle vaudois rattaché à la place d’armes valaisanne de Saint-Maurice. Vu la dispersion actuelle de la formation policière romande, avec pas moins de quatre écoles, l’étape est importante.

Selon le partenariat tripartite annoncé lundi pour «une phase pilote de deux à trois ans», Genève va intégrer l’Académie de police, qui réunit déjà Vaud et Valais sur le site du Chablais. Mais les aspirants des trois cantons suivront à Genève, à la fin de leur formation, un stage d’immersion en milieu urbain.

Avec le regroupement des trois cantons, 85% des policiers romands seront formés sur la même base. L’alliance est intéressante pour les deux parties. Pour Vaud et Valais, l’arrivée de Genève consacre la crédibilité de l’Académie de Savatan, dont le site isolé voire le style ont parfois été contestés. «L’académie fête ses dix ans et c’est une success story», se réjouit le conseiller d’Etat valaisan Oskar Freysinger, vantant «l’esprit de corps très marqué» qui y règne, sous la direction d’Alain Bergonzoli, un ancien patron de la gendarmerie vaudoise.

A Genève, le rocher de Savatan n’est donc plus perçu comme rédhibitoire. Sans préjuger de l’emplacement définitif de l’école: la mise à disposition par l’armée de la caserne de Moudon (VD) reste un scénario envisagé à moyen terme.

Pour le Genevois Pierre Maudet, le ralliement à Savatan permet d’économiser «quelques dizaines de millions de francs», soit le coût de l’investissement qui serait nécessaire pour agrandir le centre de formation de Carouge, vétuste et surchargé. Avec les présentes difficultés financières du canton, «ce serait une aberration de reconstituer un centre de formation complet sur Genève», souligne le magistrat. Un souci d’économie qui compense en quelque sorte l’augmentation importante et controversée des postes liés à la sécurité au budget 2015 de l’Etat de Genève.

De surcroît, le coût de formation à Savatan est estimé aujourd’hui à 51 000 francs par aspirant, contre 75 000 francs à l’école genevoise. Mais le conseiller d’Etat PLR veut donner à cet accord un sens plus large que le pragmatisme financier: «Un canton ne peut plus tout faire tout seul. Avec la formation policière, nous mettons en commun un domaine symbolique de l’autonomie cantonale.» Et Vaud est le partenaire naturel en matière de sécurité. Les assistants de sécurité publique genevois sont du reste déjà formés à Savatan depuis 2011.

Avec 80 aspirants par an, Genève deviendra le principal pourvoyeur de recrues de l’Académie de police, dont les effectifs passeront de 120 à 200. Il y intégrera aussi ses instructeurs.

La spécificité des interventions en milieu urbain, la police de proximité et la formation continue sont les accents que Genève va donner à l’école commune. Deux fois par an, puisqu’il y aura désormais deux volées annuelles, cent aspirants viendront s’immerger pendant quelques semaines en milieu urbain à Genève, où ils pourront être engagés ponctuellement pour des événements extraordinaires. Ils seront logés dans un bâtiment militaire en construction près de l’aéroport.

Christian Antonietti, président de l’Union du personnel du corps de police (UPCP) du canton de Genève, ne conteste pas le choix de Savatan, qu’il tient pour une bonne école. «Ma seule crainte, c’est que l’éloignement décourage les bonnes volontés genevoises», réagit-il, en précisant avoir appris l’existence de l’accord par la presse.

Et les autres cantons romands? Cet «axe rhodanien» proclamé lundi consacre d’une certaine manière une nouvelle fois l’échec du projet d’école romande unique qui occupe de manière récurrente depuis une quinzaine d’années les chefs de département de la Sécurité. «Nous ne fermons pas la porte aux autres», assure la Vaudoise Béatrice Métraux, tout en laissant entendre que les autres ne montrent plus grand intérêt pour un regroupement, à Savatan ni même ailleurs. Les deux autres écoles, celle de Fribourg et celle de Colombier (NE), qui forme aussi les aspirants jurassiens, avaient été les premières, en 2013, à annoncer un accord de collaboration.

«Le nouveau partenariat lémanique ne veut pas dire que les discussions pour une école romande, sur un ou plusieurs sites, soient closes, estime le Jurassien Charles Juillard. Genève était le plus pressé d’aller de l’avant, vu son besoin d’investissement. Les écoles romandes sont plus petites que les écoles alémaniques, mais cela ne nuit pas à la qualité de la formation.»

Depuis 2004, un brevet fédéral de police a largement harmonisé la formation. Les écoles planchent désormais sur un projet de diplôme qui en ferait passer la durée d’une année à deux ans.

Cet «axe rhodanien» consacre l’échec du projet d’école romande unique