Gendarmes et inspecteurs vaudois ont réglé hier avec le gouvernement le cas des heures supplémentaires effectuées pendant l'Euro 08 de football. Du coup, le gel des amendes entamé le 19 septembre prend fin. L'assouplissement des revendications qui ont déclenché la protestation - 500 francs de prime unique pour tous les agents au lieu des 1500 demandés, congés et paiements non majorés à titre de rattrapage des 20000 heures supplémentaires - ont servi de contrepartie dans la discussion sur Decfo/Sysrem, explique Stéphane Schneider, président du syndicat de la sûreté. Les gains des policiers sur l'ensemble d'une carrière se rapprocheront, si un accord est signé, des revenus de leurs collègues lausannois.

L'opération, qui fait le bonheur de tout le monde sans qu'on en connaisse le détail, n'alourdira pas davantage le ménage public, assure Pascal Broulis. Elle pourra par contre engendrer des coûts à plus long terme puisque la solution retenue prime la fidélité.

Hier aussi, tard dans la soirée, les membres de la Fédération des sociétés des fonctionnaires (FSF) devaient adopter une convention d'accord amendée sur la nouvelle grille salariale des employés de l'Etat de Vaud. Si le Conseil d'Etat admet les changements apportés à son texte d'origine, Decfo/Sysrem pourrait chambouler l'avenir des rémunérations d'environ 26000 collaborateurs à partir du 1er décembre. Peu importe qu'aujourd'hui, une fois encore, les deux autres faîtières mobilisent leurs troupes contre le projet. Une seule signature suffit, a toujours déclaré Pascal Broulis, président du Conseil d'Etat, à la tête de la délégation aux ressources humaines.

Le jour de la mobilisation syndicale orchestrée par SUD et le SSP, le Conseil d'Etat apaise le malaise de la police cantonale, présente en masse lors de la dernière manifestation de rue, le 7 octobre dernier. Un malaise qui s'étalait publiquement, au moment où la police vit une période charnière entre lutte de chefs et tiraillements quant à son organisation. En même temps, la réforme salariale de la fonction publique, mille fois remise en question, pourrait avoir fait un pas en avant.

Collégialité

Pascal Broulis, très exposé sur ces dossiers, semble ainsi en passe de réaliser ses objectifs. Certes, il a dû lâcher du lest. La somme affectée à l'introduction du nouveau dispositif a passé de 20 à 80 millions, notamment. Pourtant, la base de Decfo/Sysrem n'a pas été bouleversée: simplifier la mécanique salariale et revaloriser des métiers longtemps négligés.

Le patron des finances cantonales peut également compter sur la collégialité des autres ministres, y compris les socialistes, malgré les crises qui ont enflammé les pourparlers depuis juillet 2007. Loyauté qui permet aux deux magistrats de gauche d'influencer discrètement l'évolution du projet.

Du côté syndical, SUD et le SSP accusent Pascal Broulis d'exploiter les divisions entre «gagnants» et «perdants» du nouveau système, bien plus nombreux qu'on ne veut l'admettre officiellement. A part les professeurs de gymnase, Françoise Emmanuelle Nicolet, de SUD, évoque les inspecteurs automobile du SAN et les premières laborantines, sans parler des psychologues ou des logopédistes. Toutes ces catégories combattent Decfo/Sysrem. Aujourd'hui, le CHUV et le Bâtiment administratif de la Pontaise à Lausanne (BAP), tout comme le gymnase de Morges, sont en grève.

En chœur, les syndicats pourfendent l'opacité des informations livrées par le gouvernement. A l'image de la missive informant individuellement les salariés sur leur situation future. Elle était censée clarifier, elle risque par son approximation d'inquiéter encore davantage des collaborateurs déboussolés, déplore Béatrice Métraux, de la FSF.

Compréhension

Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat socialiste responsable du social, dont SUD et SSP critiquent le soutien à la réforme, comprend la déception de tous ceux qui voient leur espoir de progression affaibli, même si toute baisse de salaire est exclue au moment de la bascule. Toutefois, avertit-il, sans Decfo/Sysrem les revalorisations prévues risquent de disparaître.

La disponibilité affichée par la FSF entend écarter cette menace. La faîtière, réputée la moins politisée du lot, ne veut pas perdre les 80 millions consacrés aux revalorisations conquis après une première grève au printemps de cette année. Reste à savoir quel rôle décideront de jouer maintenant les deux syndicats réfractaires. Eux qui reprochent, avec plus ou moins de virulence, à la FSF d'avoir plié face au gouvernement au nom des intérêts exclusifs de leurs affiliés où l'on compterait, selon SUD et le SSP, la majorité des bénéficiaires du nouveau dispositif. Pour l'heure, ils promettent d'autres actions pour le 11 novembre afin de contrer un système «conçu pour faire des économies sur le dos des salariés».