Chez Madame la ministre, c'est Monsieur le secrétaire qui sert le café. A peine les tasses déposées, la tornade Elisabeth Baume-Schneider se met en marche. Elle parle beaucoup. S'enthousiasme tout autant. La conseillère d'Etat en charge de l'Education dans le canton du Jura n'aime pas l'immobilité. Dans la vie. En politique. C'est d'ailleurs pour cela que cette ancienne assistante sociale en fait. D'abord au parlement cantonal, qu'elle a présidé, ensuite au gouvernement. Pour faire avancer les choses. Les changer.

Elisabeth Baume-Schneider est sûre d'elle. La femme est bien dans ses baskets, dans ses escarpins plutôt. «Je suis une chanceuse, mais pas une chanceuse béate», assure la socialiste. Sa confiance en elle saute aux yeux. Peut-être trop pour être vraie, avoue-t-elle. Maman de deux garçons, 13 et 7 ans, la ministre a parfois eu la tête ailleurs lorsqu'elle planchait sur ses dossiers. Et ça lui arrive encore. «Que font-ils à la maison?» songe-t-elle en regardant par la fenêtre de son bureau.

«Je ne vois pratiquement jamais mes enfants le soir.» La confidence est franche et assumée. On sent pourtant que la politicienne ne l'a pas dit facilement. Difficile d'accepter de ne plus prendre toutes les décisions qui concernent ses petits, mais elle s'y habitue. «Je ne sais pas ce que mon cadet prendra au goûter. Mais j'ai appris à vivre avec», s'amuse-t-elle. La ministre peut s'appuyer sur son mari qui travaille à temps partiel et sur ses parents. Cette ancienne militante de la Ligue marxiste révolutionnaire ne veut pas qu'on dise qu'elle est un exemple. Son mode de vie «n'est pas un modèle mais une recherche d'équilibre avec des ajustements et pour le moment il fonctionne bien. Les enfants sont heureux.» De voir leur maman s'épanouir. Heureux comme fans de foot qu'elle soit aussi ministre des Sports. Heureux enfin de savoir que son mandat politique est une étape et qu'il ne durera pas toujours.

«Je n'oublierai jamais lorsque j'ai manqué la Saint-Nicolas d'un de mes fils à l'école enfantine. J'ai toujours l'invitation dans mon bureau d'ailleurs. J'en étais malade, mais finalement il était tout content d'y être allé avec son papa», rigole-t-elle. Pas facile d'être une maman coup de vent. Encore plus dur de s'apercevoir que la famille vit bien sans elle. «Je me sens seule quelquefois.»

Mais toutes ces remises en question appartiennent au passé. L'an dernier, la Jurassienne s'est libérée pour le repas de la Fête des mères concocté par son écolier de fiston. «Il m'avait prié de ne pas lui refaire le coup de la Saint-Nicolas», lâche-t-elle.

Décomplexée et visiblement heureuse, la conseillère d'Etat reconnaît aussi que personne n'a tenté de lui mettre des bâtons dans les roues. Son parti intègre les femmes. Son parcours ne lui a jamais réservé de revers qui auraient pu la décourager. Originaire d'une famille paysanne des Franches-Montagnes, elle a aussi la tête dure. «Trop parfois.» Elle a toujours osé afficher ses ambitions. «Ce qui peut faire penser que je suis une grimpionne, alors qu'on dirait sans doute d'un homme qu'il est lucide et décidé.» N'empêche qu'Elisabeth Baume-Schneider n'est pas plus absente des siens que ne le serait un élu homme. Elle passe souvent ses samedis, tous ses dimanches et tous ses petits déjeuners en famille. Entre la maman et la politicienne, Madame la ministre a tout simplement choisi d'être les deux à la fois. Et ça marche, «pour le moment».