C'est dans un brouhaha inhabituel pour ce type de débat que les députés fribourgeois ont pris acte, mardi, de l'attentisme du gouvernement à propos de l'apprentissage de l'allemand selon des méthodes tenant compte du caractère bilingue du canton. Quelques minutes de discussion dans la salle du Grand Conseil auront suffi pour enterrer, dans l'indifférence générale, les propositions de quelques députés visant à autoriser plusieurs communes à poursuivre, à moyen terme, les expériences d'enseignement bilingue qui aurait dû se généraliser à l'ensemble du canton.

Le pouvoir politique a visiblement l'intention de «laisser du temps au temps», avant d'effacer, par de nouvelles idées, le refus populaire du 24 septembre 2000 d'introduire, à doses progressives, l'apprentissage de l'allemand par immersion partielle dans le système scolaire fribourgeois. La faible marge d'échec du projet en votation populaire, moins de 1/2% des votes, n'a pas pesé lourd dans la balance.

L'annonce de la démission d'Augustin Macheret, directeur de l'Instruction publique, à la fin de l'année contribue en outre à ce climat de fin de règne des projets bilingues. Tout repose pour l'instant sur une commission chargée de dessiner quelques portes de sortie.

Les expériences menées dans huit communes pourront être poursuivies jusqu'à la fin de l'année scolaire, mais le flou demeure pour la suite. Le gouvernement fribourgeois refuse, au stade actuel de sa réflexion, de donner le droit aux communes d'innover dans l'apprentissage de l'allemand ou du français par immersion partielle, soit l'enseignement d'une matière non linguistique dans une autre langue.

Damien Piller, responsable des écoles de Villars-sur-Glâne, une commune qui conduit «sans difficulté» une expérience pilote depuis cinq ans, reviendra à la charge en temps utile. «Notre offre de cours à option et de sensibilisation à l'allemand se déroule sur une base volontaire. Elle est donc tout à fait compatible avec le cadre légal. Cette question du bilinguisme est trop importante pour qu'on baisse les bras.»

En laissant le soin au successeur d'Augustin Macheret de proposer des solutions d'avenir, le gouvernement fribourgeois rappelle que la sensibilisation à l'allemand, à distinguer de l'enseignement d'autres branches dans cette langue, est toujours possible, de cas en cas, dès l'école enfantine.

L'effort portera, à court terme, sur des méthodes traditionnelles basées sur la séparation des langues: apprentissage de l'allemand dès l'âge de 9 ans en 2001, de l'anglais dès 13 ans en 2002. Pour le reste, le chef de l'Instruction publique compte sur la volonté de perfectionnement des enseignants et les méthodes de promotion du bilinguisme qu'introduira en 2002 la nouvelle Haute Ecole pédagogique fribourgeoise appelée à former une nouvelle «race» d'enseignants sensibilisés aux atouts d'un canton bilingue.