La Poste se rend compte que l’offre de prestations des agences postales pose des problèmes à une partie de la population et aux PME. C’est l’un des principaux constats qu’elle ramène de la consultation qu’elle a entreprise auprès des cantons l’automne dernier dans le but de redéfinir son réseau d’offices et de points d’accès.

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La Poste envisage de fermer 500 à 600 offices supplémentaires d’ici à 2020. Il n’en resterait plus que 800 à 900, contre 3400 en 2000. En contrepartie, elle souhaite conclure 400 à 500 partenariats supplémentaires avec des commerces; le nombre d’agences postales s’élèverait ainsi à 1200 ou 1300. Si l’on ajoute les points de dépôt et de retrait pour les colis, La Poste disposerait de 4000 points d’accès dans environ trois ans. C’est 300 de plus qu’en 2016, se félicite le géant jaune.

90% en vingt minutes

Certes, mais cela ne compense pas l’affaiblissement de l’offre globale de prestations pour la clientèle, réplique le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS). Il s’inquiète surtout de l’impact de la réduction du nombre d’offices de poste dans les régions périphériques. Il n’est pas le seul à s’en soucier. Plusieurs interventions parlementaires déposées par des députés socialistes et démocrates-chrétiens voient dans la politique d’abandon des bureaux de poste une dégradation de l’accessibilité aux prestations et aux services de paiement.

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La loi actuelle stipule que 90% de la population doit pouvoir accéder aux services postaux, à pied ou en transports publics, en vingt minutes. Le délai minimal passe à trente minutes si un service à domicile est proposé. Les auteurs des interventions estiment que ces temps de parcours minimaux ne sont plus adaptés. Ils souhaitent que la législation postale soit modifiée.

C’est aussi l’avis de la Commission des transports et télécommunications (CTT) du Conseil national. Après avoir auditionné la directrice générale, Susanne Ruoff, et le nouveau président du conseil d’administration, Urs Schwaller, la CTT a adopté voici quinze jours, à la quasi-unanimité, une motion qui demande plusieurs choses. Premièrement, les critères d’accessibilité doivent être fixés à l’échelle régionale et la règle des 20 minutes doit aussi s’appliquer aux services de paiement. Deuxièmement, les agences postales doivent assurer l’expédition de colis encombrants et d’envois en masse. Troisièmement, elles doivent aussi proposer les services de paiement.

Versements à domicile

Ces critiques, La Poste les a entendues lors de sa consultation. Elle a présenté jeudi un premier catalogue de mesures qui améliore certaines prestations. Les agences postales accepteront dès septembre les envois en nombre au-dessus de 350 lettres. «Si l’espace à l’intérieur de l’agence ne le permet pas, nous mettrons une box à disposition», précise Thomas Baur, responsable de la division Réseau postal et vente.

La Poste annonce de nouvelles offres pour les PME. Dès avril, elles pourront, comme les grandes entreprises, demander à l’opérateur de venir chercher leurs envois directement chez elles, contre paiement. Et un projet pilote d’automates de versement installés directement chez le client commercial sera lancé en mai.

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La Poste répond aussi à l’une des critiques en décrétant que, dès septembre et comme c’est le cas pour le service à domicile, des versements en espèces seront possibles sur le pas-de-porte dans les secteurs disposant d’une agence postale. Le montant maximal sera fixé à 10 000 francs. Cela permettra notamment d’apporter les rentes AVS en cash à des clients âgés. Le syndicat Transfair exige que le personnel soit formé sur le plan de la sécurité.

Par ailleurs, dès septembre également, La Poste s’engage à distribuer les journaux avant midi partout où les quotidiens en abonnement ne sont pas acheminés avec la tournée matinale. Pas question en revanche de proposer le trafic des paiements dans les agences comme le demande la CTT. La Poste invoque des raisons de sécurité ainsi que les exigences de la loi sur le blanchiment d’argent.

Recours à la PostCom

«Ce sont quelques pas dans la bonne direction, mais ils ne suffisent pas. Il est nécessaire que La Poste maintienne un bon réseau de prestations, de bonnes conditions de travail et des emplois», commente Mathias Reynard. Pour Syndicom, «La Poste fait diversion avec ces ajustements». Le syndicat considère que l’offre de versements à domicile n’est pas adaptée aux personnes qui sont absentes la journée.

Les consultations menées par La Poste avaient aussi pour but de confronter sa stratégie de transformation du réseau aux besoins des cantons en matière de développement territorial. Thomas Baur annonce qu’une deuxième ronde de discussions aura lieu ces prochaines semaines, avec des propositions concrètes. Certaines intentions ont été «retravaillées», glisse-t-il sans donner davantage de précisions. Or c’est là que La Poste est attendue au tournant. L’autorité de surveillance PostCom veille aussi au grain. Si le nombre de cas de fermetures d’offices portés devant elle n’a pas augmenté jusqu’en 2015, la situation semble s’être tendue en 2016. Crémines, Noville et Ollon sont quelques cas récents où PostCom a dû demander à La Poste de revoir ses intentions. De son côté, le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) demande que les usagers puissent aussi être représentés au conseil d’administration de La Poste.