Le désaveu est cinglant. En acceptant à 59,6% l'initiative «pour une meilleure prise en charge des personnes âgées en EMS», les Genevois ont fait fi des recommandations du Conseil d'Etat de centre gauche. Et de celles du Grand Conseil à majorité de droite. Alors que les autorités genevoises martèlent depuis plus d'une année l'urgence de trouver des mesures d'économies pour sortir le canton de sa situation financière catastrophique, le message des citoyens est clair: il faut laisser les aînés en dehors de l'austérité.

«Pas de politique antisociale»

Belle victoire pour les initiants, dont plusieurs syndicats et associations actifs dans les milieux des soins. Ainsi que pour les socialistes et le Mouvement Citoyens genevois, seuls partis à avoir défendu le texte au parlement. Membre du comité d'initiative, Yves Mugny se réjouit: «Les citoyens ont désavoué la politique antisociale du Conseil d'Etat.»

Pour prouver que la qualité des prestations est en chute libre dans les EMS, les initiants se sont référés à l'outil «Plaisir», qui définit le taux de prestations couvertes par rapport aux besoins des aînés. Il s'élèverait à 80% à Genève. L'initiative soutenue par les citoyens vise à combler 100% des besoins en EMS. Ceci, en contraignant les établissements à engager suffisamment de personnel dans tous les domaines: soins infirmiers, hôtellerie, technique, administration… Mais aussi des ergothérapeutes, physiothérapeutes, ou encore des diététiciens et des logopédistes. Selon le calcul fait par le Conseil d'Etat dans la brochure officielle, cela signifie qu'il faudra créer 600 postes.

L'embarras du Conseil d'Etat

La Fédération genevoise des établissements médico-sociaux avait décidé de soutenir l'initiative en réaction aux mesures d'austérité du Conseil d'Etat, dont près d'un tiers est ciblé sur le secteur social. Dimanche, elle prévenait: «La majorité des votants aura sans doute estimé ces économies excessives et préjudiciables à la qualité de l'accompagnement des personnes âgées à Genève.»

Absent durant la campagne sur cet enjeu pourtant crucial, le Conseil d'Etat aurait-il sous-estimé l'impact de l'initiative sur les Genevois? En tout cas, l'embarras du gouvernement était palpable, à l'issue du scrutin. Ne pouvant qu'accuser le coup face au succès de l'initiative, il est resté flou sur les conséquences qu'il entendait donner au vote.

Sous haute tension

Sous pression, le gouvernement genevois devra revoir son plan d'austérité, qui tablait largement sur le blocage de la subvention des EMS pendant quatre ans: cela représentait une économie de 47 millions sur un total de 160 millions.

Tout en affirmant qu'il respecterait la volonté populaire, le ministre de tutelle des EMS, le PDC Pierre-François Unger, a expliqué qu'il entendait «développer les alternatives aux EMS». Le règlement d'application de l'initiative sera ainsi élaboré dans un contexte de «réorganisation des soins à Genève»: les articulations entre soins à domicile, hôpital et EMS doivent être revues. Le Conseil d'Etat table aussi sur des réaffectations de postes des secteurs administratifs au domaine des soins. «Avec 49 EMS dans le canton, a-t-on besoin d'une direction par établissement?», interroge le ministre. Voilà qui risque d'irriter les initiants, qui ne l'entendent pas ainsi.

En tout cas, la droite attend de pied ferme de voir comment le Conseil d'Etat absorbera une perte qu'il avait lui-même chiffrée à 60 millions dans sa prise de position officielle. «Selon le principe du frein au déficit voté par le peuple, une nouvelle dépense doit être compensée par une coupe», lance le démocrate-chrétien Guy Mettan.

Le libéral Pierre Weiss entrevoit déjà une solution: «L'accord salarial passé entre Conseil d'Etat et fonctionnaires, qui prévoit le retour partiel des mécanismes salariaux, pourrait prendre fin. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités.» De quoi crisper les fronts…