Au lendemain du rejet, par 54,2% de la population et 20 cantons sur 26, de l’initiative «Sortir du nucléaire», la politique énergétique du futur animait autant les discussions à Berne que le traditionnel marché aux oignons. En marge de l’ouverture de la session parlementaire d’hiver, parfumée par les effluves des bulbes, c’est le référendum lancé contre la Stratégie énergétique 2050 qui était au coeur des préoccupations.

A l’origine de ce référendum, l’UDC a d’ailleurs profité de la présence de milliers de badauds venus acheter oignons, aulx et échalotes à Berne pour doper la récolte des signatures. Le président Albert Rösti a mobilisé une vingtaine de parlementaires pour aller arracher des paraphes aux chalands. «Nous devons mettre les gaz. Nous n’avons pas assez de signatures, la récolte est à la peine», regrette-t-il. Les 50 000 soutiens requis doivent être déposés à la Chancellerie fédérale avant le 19 janvier mais le secrétariat du parti souhaite les réunir avant le 6 janvier car il faudra ensuite les valider auprès des communes.

200 milliards de francs, vraiment?

Même si les fêtes de fin d’année compliquent l’opération, il serait étonnant que l’UDC ne parvienne pas à ses fins. Pour cela, le parti avance des chiffres astronomiques qui font peur. Selon ses calculs, la SE 2050 coûterait 200 milliards de francs, soit 3200 francs par famille et par an. Ce que l’UDC omet souvent de préciser, c’est que ces estimations reposent sur les tarifs maximaux des deux étapes de la Stratégie énergétique.

Or, c’est surtout la seconde qui prévoit des taxes incitatives sur l’électricité, le mazout, le gaz et les carburants. Elle est actuellement bloquée au parlement. La Commission de l’énergie du Conseil national en a suspendu l’examen en avril. Et comme Eveline Widmer-Schlumpf, qui l’avait défendue au Conseil fédéral, n’est plus là, les tarifs maximaux brandis par l’UDC n’ont aucune chance de se concrétiser et rien ne dit d’ailleurs que cette deuxième étape survivra au départ de la conseillère fédérale grisonne du gouvernement.

Rendez-vous le 19 janvier

Ce qui pourrait cependant changer après le vote de dimanche, c’est l’éventail des milieux qui apportent leur soutien au référendum. L’UDC est partie au combat avec l’appui des transporteurs routiers, de Swissmem, d’Auto-suisse, de Gastrosuisse et de lobbies favorables au nucléaire, comme l’Action pour une politique énergétique raisonnable en Suisse (AVES) et l’Alliance Energie.

Quatre libéraux-radicaux font partie du comité référendaire: les conseillers nationaux Benoît Genecand et Doris Fiala, le président des Jeunes PLR Andri Silberschmidt et l’ancienne conseillère aux Etats Vreni Spoerry. Mais d’autres sont tentés de monter dans le bateau, comme le vice-président Christian Wasserfallen, qui ne cesse de dire tout le mal qu’il pense des subventions prévues par la SE 2050 pour promouvoir les énergies vertes. Le PLR est divisé. Un tiers du groupe parlementaire, dont la présidente du parti Petra Gössi, a voté contre ce programme. Si le référendum aboutit, l’assemblée des délégués devra se prononcer le 25 mars.

Les regards se tournent également vers l’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui a décidé de ne pas participer à la récolte de signatures mais qui pourrait changer de position une fois les 50 000 paraphes réunis. La position définitive d’economiesuisse sera elle aussi fixée en janvier (LT du 28.11.16). En revanche, l’Association des entreprises électriques suisses (AES) ne soutient pas le référendum et ne changera pas d’avis.

Pas plus de 60 ans?

Au lendemain du vote, un autre front s’agite. La SE 2050 interdit la construction de toute nouvelle centrale nucléaire en Suisse. Mais elle ne fixe aucun délai d’exploitation maximal pour les quatre réacteurs qui seront, en principe, encore en activité après la fermeture de Mühleberg à fin 2019. Le Conseil fédéral propose d’obliger les propriétaires, par voie d’ordonnance, à présenter tous les dix ans un concept d’exploitation pour les dix années suivantes. Mais sans durée maximale.

Or, les Vert’libéraux et quelques membres du PDC envisagent de relancer cette question par voie de motion durant la présente session parlementaire. L’objectif est de reprendre la durée maximale de 60 ans qui avait été discutée au parlement avant d’être abandonnée. «Il faut reparler de cela et je ne lâcherai pas Beznau, qui ne doit pas redémarrer», acquiesce Isabelle Chevalley (PVL/VD). Mais l’idée ne fait pas l’unanimité au PDC. «Cela n’a aucun sens. Venir avec cela maintenant, c’est donner un argument de plus au comité référendaire. Je m’y oppose», annonce le vice-président des démocrates-chrétiens, Yannick Buttet.


Lire aussi :