Crèches 

La politique familiale du Conseil fédéral contestée de tous bords

A l’exception de l’UDC, tous les partis soutiennent une forme de congé paternité. Mais le Conseil fédéral, qui fait la sourde oreille, veut en plus couper dans l’aide aux crèches. Le Conseil national en débat ce mardi

Après le refus du congé paternité, le démantèlement des aides fédérales aux crèches. Les défenseurs d’une politique familiale active manifestent leur incompréhension face à la ligne restrictive suivie par le Conseil fédéral. Ils se feront entendre au Conseil national ce mardi.

Après que le Conseil fédéral a préconisé le 5 juin le rejet sans contre-projet de l’initiative «Pour un congé de paternité raisonnable», tous les partis, à la seule exception de l’UDC, soutiennent désormais un geste en faveur des pères. Les Verts proposent un congé parental de huit mois et le PS soutient le congé paternité de quatre semaines proposé par l’initiative. Le PDC devrait opposer à celle-ci un contre-projet, ce qui est chose faite pour le PLR. Ce dernier avait sèchement refusé une proposition de congé paternité de deux semaines en 2016, mais le vent tourne: «La pression de l’initiative et les attentes populaires sont fortes», reconnaît le conseiller national Philippe Nantermod (PRL/VS).

Pourquoi ne pas renouveler un programme qui, en seize ans, a permis la création de 57 000 places pour enfants? […] Ce n’est pas responsable de couper dans un domaine où la Suisse est déjà en retard

Mathias Reynard, conseiller national socialiste

Dans ce contexte, le Conseil fédéral s’oppose de plus au renouvellement des aides fédérales aux crèches. «Pourquoi ne pas renouveler un programme qui, en seize ans, a permis la création de 57 000 places pour enfants? C’est à n’y rien comprendre, déplore Mathias Reynard (PS/VS). L’aide aux crèches fonctionne bien et son renouvellement ne coûterait que 130 millions de francs, une goutte d’eau dans un budget de 70 milliards.»

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Le gouvernement propose tout de même 100 millions d’aides aux cantons et aux communes pour «adapter et faire baisser les coûts» de l’offre d’accueil, ainsi que des déductions fiscales pour les frais de garde d’enfants. Mais l’intention du Conseil fédéral de revoir à la baisse l’engagement de la Confédération déconcerte Mathias Reynard: «Ce n’est pas responsable de couper dans un domaine où la Suisse est déjà en retard. Cette majorité UDC et PLR au Conseil fédéral est un drame.»

«C’est de l’opportunisme politique»

Le PLR soutient les mesures proposées par le Conseil fédéral, mais y ajoute un congé parental. Au lieu des quatorze semaines de congé maternité existantes, les libéraux-radicaux proposent seize semaines à se répartir entre les parents, dont huit seraient attribuées d’office aux mères. «C’est un compromis équilibré qui combine des déductions fiscales et introduit de la flexibilité pour les parents, assure Philippe Nantermod. Si l’on coupe dans l’aide aux crèches sans proposer de contrepartie, l’initiative des quatre semaines aura un boulevard devant elle.»

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La gauche ne croit pas pour autant à la solution du PLR. «Elle est contraire à la convention internationale sur la protection de la maternité, que la Suisse a signée et qui stipule que les femmes ont droit à un minimum de quatorze semaines de congé maternité», critique Mathias Reynard. Le socialiste met en garde: «Si, comme le souhaite le Conseil fédéral, les aides financières à l’accueil extra-familial ne sont pas renouvelées et qu’en parallèle aucune forme de congé paternité n’est acceptée en votation, il ne restera juste rien.»

La position du gouvernement contre le congé paternité a été prise lors de l’ultime réunion des Sept Sages à laquelle a participé Didier Burkhalter. Celui-ci jouait régulièrement un rôle de pivot politique entre la gauche et la droite. Selon un proche du dossier, ce dernier n’a toutefois pas soutenu le congé sachant que son successeur, Ignazio Cassis, y était opposé. La ligne suivie sur la politique familiale fait désormais dire à plusieurs observateurs que le Conseil fédéral est dorénavant plus à droite que le parlement.

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