Editorial

Politique familiale: un rapport sans lendemain

EDITORIAL. La Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF) propose un congé parental de 38 semaines, à répartir entre les deux partenaires d'un couple. Mais cette commission encore beaucoup à apprendre en matière de lobbying

C’est une analyse qui a le mérite de la clarté. Issue de la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF), dont l’ex-chancelière genevoise Anja Wyden Guelpa vient de reprendre la présidence, elle tranche avec le ton d’habitude si mesuré des arcanes du Palais fédéral. La Suisse est «la lanterne rouge» en matière de politique familiale. Aussi la commission vient-elle réveiller le landerneau politique par une proposition explosive: un congé parental de 38 semaines. Si on déduit les 14 semaines de congé maternité dont disposent déjà les femmes, cela fait tout de même 24 semaines de plus à financer par les allocations pour perte de gain. Coût total: entre 1 et 1,5 milliard de francs par an.

Il y a dans la démarche de la COFF beaucoup d’éléments qui prêtent à réflexion. Cette commission rappelle opportunément que la Suisse, qui se targue de figurer dans le top 5 des pays les plus compétitifs du monde, ne peut pas se passer d’une politique familiale moderne. Et qu’il est vain de se disputer, comme ce sera le cas ces prochaines semaines sous la coupole du Palais, pour un «congé paternité» de deux ou quatre semaines. Non! L’avenir appartient à un «congé parental», impliquant les deux partenaires d’un couple dans une démarche véritablement égalitaire. Bref, ce congé est un investissement social autant qu’économique.

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L’ennui, c’est que le rapport de la COFF, censé secouer l’esprit étriqué des parlementaires, les a plutôt cabrés ces derniers jours. «Irréaliste», «extrémiste», voire «fantaisiste», ont tranché les élus du centre droit. Quant à la gauche, elle a applaudi, mais on ne peut plus discrètement. Sans oser le dire, elle craint que le modèle de la COFF, si intéressant soit-il, ne soit balayé par ses détracteurs en cinq mots: «un congé parental de luxe», comme l’a déjà baptisé la SonntagsZeitung. Cela ne pourrait que conforter les partisans du statu quo dans leur conviction que cette question ressort de la sphère privée.

En matière de lobbying, la COFF a encore beaucoup à apprendre. Si elle se veut une force de réflexion et de proposition, elle se doit de multiplier les contacts avec le monde politique en l’informant régulièrement de ses travaux, et non le surprendre par un modèle politiquement irréaliste à quelques jours d’un débat crucial en commission du Conseil des Etats.

En 2010, la COFF avait déjà plaidé pour un congé parental de 24 semaines. Son rapport était passé inaperçu. Il y a fort à craindre que son analyse d’aujourd’hui ne subisse le même sort.

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