Genève serait-il sur le point de trouver une solution à l'un de ses pires problèmes? En tout cas, une issue se profile pour en finir avec la pénurie de logements, qui paralyse le canton depuis trop longtemps. Un protocole d'accord entre les différents acteurs du logement, pourtant ennemis héréditaires, est à bout touchant.

L'Asloca seule au combat

Depuis son élection au Conseil d'Etat, le ministre libéral Mark Muller s'est fixé l'objectif ambitieux de relancer la construction de logements à Genève. Pour y parvenir, il a initié au printemps 2006 une large concertation qui réunit le Rassemblement pour une politique sociale du logement, la Chambre genevoise immobilière (CGI), la Communauté d'action syndicale et la Fédération des métiers du bâtiment.

Cela fait donc plus de six mois que les partenaires planchent avec le ministre sur un accord visant à réduire les contraintes qui entravent la construction, et à favoriser le développement du logement social en contrepartie. Et, désormais, Christophe Aumeunier, secrétaire général de la CGI, et Alberto Velasco, vice-président de l'Asloca, le disent en chœur: «Nous sommes à bout touchant.»

Au sein du Rassemblement, partis politiques de gauche et syndicats seraient en faveur de l'accord. Seule l'Asloca le combat. Mais comme elle ne dispose pas de la majorité des voix au sein du comité de l'association, sa seule opposition ne suffirait pas à compromettre la signature du protocole d'accord. Verdict le 28 novembre: ce jour-là, le Rassemblement votera sur le texte.

Que contient ce protocole? D'abord, le système des HLM devra être mis de côté pour donner une chance à un nouveau système, approuvé par les défenseurs du logement social: la constitution d'un parc de logements d'utilité publique en mains publiques. L'Etat s'engage à verser 30 millions par an pendant dix ans en faveur de la construction et de l'acquisition de terrains et d'immeubles pour constituer ce parc.

Il y a une contrepartie: la fameuse règle genevoise consistant à exiger que soient disponibles sur le marché deux tiers de logements sociaux contre un tiers à loyer libre est abrogée. C'est ce dernier point qui froisse l'Asloca, qui tient à cette règle. Selon l'accord, les promoteurs privés auraient désormais deux options dans la zone de développement: soit céder à l'Etat un quart du périmètre concerné pour la construction de logements d'utilité publique, soit y construire entre 30% et 50 % d'habitations mixtes ou en coopérative.

Le ministre Mark Muller s'engage aussi à développer le logement coopératif et le marché de la propriété par étage (PPE). Pour Christophe Aumeunier, ce dernier point est essentiel: «Ce changement permettra aux nombreuses personnes qui travaillent à Genève sans y habiter de trouver plus facilement un logement dans notre canton.»

Secrétaire générale du Rassemblement, la socialiste Carole-Anne Kast estime que le texte a le mérite de faire l'objet d'un «compromis». Et quand on parle de logement à Genève, c'est déjà beaucoup. Si le comité du Rassemblement décide de signer l'accord mardi prochain, le texte fera l'objet d'un projet de loi. Et, surtout, un nouveau chapitre s'ouvrira pour le logement.