Les réactions au discours de la commissaire européenne Ursula von der Leyen annonçant «l’abolition» du règlement de Dublin ont été dans l’ensemble favorables en Suisse. Tous les partis saluent cette volonté, sauf l’UDC, qui y voit une pression supplémentaire sur le système d’asile de la Suisse.

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Depuis la signature en 2004 du deuxième paquet d’accords bilatéraux avec l’UE, la Suisse fait partie du règlement de Dublin en tant que membre associé. Elle participe ainsi activement aux réflexions quant à la politique migratoire européenne. Depuis de nombreuses années, les cheffes du Département fédéral de justice et police (DFJP), Simonetta Sommaruga, et, désormais, Karin Keller-Sutter, ont appelé de leurs vœux une réforme en profondeur. «La Suisse est favorable à l’instauration d’une clé de répartition pour soulager les Etats particulièrement sollicités dans les situations de crise», n’ont-elles cessé de souligner.

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La Suisse veut contribuer

Le 7 juillet dernier, Karin Keller-Sutter a participé par visioconférence à une réunion des ministres européens de l’Intérieur. Trois semaines plus tard, elle s’est rendue à Berlin pour y rencontrer son homologue Horst Seehofer, auquel elle a réitéré la volonté de la Suisse «d’apporter sa contribution à une réforme durable».

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«Les déclarations d’Ursula von der Leyen semblent donc correspondre largement à la vision de la Suisse», se réjouit le conseiller national Damien Cottier (PLR/NE). Même son de cloche chez Ada Marra (PS/VD), même si celle-ci se montre plus réservée. «C’est une bonne nouvelle, mais je reste anxieuse, car aujourd’hui, au sein de l’UE comme en Suisse, je déplore la tendance à renforcer le droit répressif en négligeant les droits fondamentaux des requérants d’asile», note-t-elle.

Tout le monde attend désormais le contenu du nouveau pacte migratoire de l’UE, prévu pour le 23 septembre. «Un mécanisme plus équitable et solidaire», promet Ursula von der Leyen, qui devra faire peser la charge de la migration non seulement sur les pays situés à la frontière extérieure comme l’Italie, la Grèce et Chypre, mais aussi sur tous les autres. Cela accentuera-t-il la pression sur le système d’asile de la Suisse? Damien Cottier ne le pense pas. «Jusqu’ici, la Suisse s’est montrée solidaire. Proportionnellement, elle a accueilli plus de requérants d’asile que la moyenne des pays européens», souligne-t-il. Ada Marra le reconnaît aussi, mais ajoute: «Nous avons les moyens d’accueillir plus de réfugiés», affirme-t-elle. Ce que pense également Damien Cottier, «si les autres pays assument aussi leurs responsabilités».

L’UDC craint le pire

Sous la Coupole fédérale, seule l’UDC craint le pire. Son nouveau président, Marco Chiesa, ne fait aucune confiance à l’UE, qui a laissé l’Italie livrée à elle-même face à la crise migratoire. Selon lui, il ne fait aucun doute que la pression augmentera sur la Suisse. «Nous étions indirectement protégés par le règlement de Dublin, qui permettait de renvoyer un requérant vers le premier pays d’accueil par lequel il avait transité. Cela ne sera plus le cas. Or, notre pays est un aimant pour les demandeurs d’asile», redoute-t-il. Marco Chiesa s’inquiète d’autant plus qu’au Tessin, la commune de Chiasso, qui héberge un centre d’accueil, vient de demander au Secrétariat d’Etat aux migrations un soutien accru. Pour lui, les problèmes ne feront que s’aggraver.