Malgré l’appel lancé par l’UDC, la Suisse ne compte pas fermer sa frontière avec l’Italie. «La politique du réduit national ne freine pas les virus», insiste Patrick Mathys, chef de la section de gestion des crises et de la collaboration internationale à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), à l’occasion d’un nouveau point de presse consacré au coronavirus. «Du point de vue épidémiologique, la fermeture des frontières n’a aucun sens», ajoute-t-il. L’Administration fédérale des douanes (AFD) concentre néanmoins ses contrôles sur les principaux lieux de passage. Elle ferme neuf postes frontières secondaires, tous situés au Tessin. Cela devrait rendre le «monitoring» mis en place plus efficace, estime le patron de l’AFD, Christian Bock.

Les gardes-frontières vérifient que les Italiens qui passent devant eux possèdent un permis de travail en Suisse. «Nous recommandons à ceux qui n’ont pas de raison professionnelle de venir en Suisse de retourner en Italie», précise Christian Bock. Pour l’instant, ses services ont suffisamment de personnel pour effectuer les contrôles et ils disposent de réserves. Les liaisons ferroviaires sont également réduites: dès jeudi et au moins jusqu’au 5 avril, un tiers des trains qui relient Genève, Bâle ou Zurich à Milan ne circulent que jusqu’à Brigue ou Chiasso. Et Swiss suspend tous ses vols vers l'Italie.

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La situation évolue sur le plan du chômage partiel. La secrétaire d’Etat à l’économie Marie-Gabrielle Ineichen confirme mercredi la mesure pré-annoncée par Guy Parmelin lundi au Conseil national: le délai de préavis pour les réductions de l’horaire de travail est ramené de dix à trois jours. Plusieurs branches économiques, dont celles du voyage et de l’événementiel, demandent que le délai de carence imposé aux personnes mises au chômage temporaire soit raccourci de trois à un jour. «Une telle décision relève de la compétence du Conseil fédéral», indique cependant la secrétaire d’Etat. Le sort des indépendants, comme les artistes ou les animateurs de manifestations, reste incertain. Les Verts demandent des mesures pour ce que le conseiller national Christophe Clivaz appelle des «emplois atypiques». Réponse laconique de Marie-Gabrielle Ineichen: «Nous cherchons pour l’instant à établir des typologies.»

Matériel bloqué en Allemagne

Sur le plan de l’approvisionnement en matériel, la secrétaire d’Etat annonce que la Suisse est en train de trouver une solution pour un container et un camion bloqués en Allemagne et une livraison retenue en Italie. Ils contiennent des masques de protection, des gants chirurgicaux et du désinfectant. «Nous sommes en discussion avec les autorités. Il s’agit de matériel produit dans un pays tiers et destiné à la Suisse. Il ne fait que transiter par l’Allemagne. Ce pays n’a aucune raison de le retenir», argumente-t-elle. Patrick Mathys précise que la Suisse dispose encore d’un stock suffisant de masques de protection, mais ceux-ci sont réservés aux malades et au personnel sanitaire. «La population n’en a pas besoin», assure-t-il en rappelant les règles d’hygiène et d’auto-surveillance émises ces derniers jours. Il estime en outre que, «du point de vue épidémiologique», l’interdiction des manifestations de plus de 1000 participants devrait être maintenue. Le Conseil fédéral doit prendre une décision vendredi.

Le nombre de personnes infectées augmente encore. 645 cas testés positifs étaient recensés mercredi, et un quatrième décès est survenu: il s’agit d’un Bâlois de 54 ans qui a contracté le Covid-19 et souffrait déjà de maladies chroniques. Responsable de la gestion des crises au Département fédéral des affaires étrangères, Hans-Peter Lenz annonce encore que la Suisse a rapatrié ses deux délégués humanitaires qui travaillaient en Corée du Nord.