Éditorial

La pomme de discorde

ÉDITORIAL. Dans sa campagne pour les élections fédérales, l’UDC attaque l’ensemble des partis suisses. Ses derniers alliés sous la Coupole apprécient peu la manœuvre

Une pomme, des vers de terre aux couleurs des principaux partis suisses et de l’UE, et une polémique. Comme souvent, la nouvelle campagne d’affichage de l’UDC cherche des coupables: les familles politiques de gauche, ce n’est pas inhabituel, mais également – c’est nouveau – le PLR.

Ce n’est pas la première fois que le parti révèle un visuel choc. En 2007, le fameux mouton noir botté hors de Suisse – salué et repris par plusieurs formations d’extrême droite – faisait ainsi grand bruit. C’était d’ailleurs le but visé: susciter la controverse et en profiter.

Les «seuls garants de la liberté et de la sécurité» aiment en effet faire cavalier seul et, semble-t-il, pensent qu’il n’y a pas de mauvaise pub. Alors que la crise migratoire pointait son nez, la controverse ovine du début du siècle permettra au parti de marteler son message anti-étrangers et de gagner en force. Une bonne opération.

Quelques législatures plus tard, la situation est cependant tout autre. En baisse dans les sondages, l’UDC est fébrile. Alors que des fissures internes apparaissent sur le dossier climatique, elle cherche, c’est son droit stratégique, à réorienter le débat sur ses thématiques fétiches. Le danger actuel n’est pas environnemental, disent les conservateurs, il est politique: l’UE menace la démocratie suisse, soutenue par les partis helvétiques – PLR compris.

Les conservateurs n’inverseront toutefois pas la tendance avec des affiches, aussi choquantes soient-elles. Encore moins en insultant leur plus proche allié, au risque de menacer de rompre certaines alliances. Or, apparentés à l’UDC dans plusieurs cantons, ou actuellement en train de reconsidérer la chose, les libéraux-radicaux goûtent peu cette représentation larvesque.

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Loin d’aplanir la vague, la direction de l’UDC est prête à se mettre tout le monde à dos, jugeant la campagne «excellente». Après un mandat en demi-teinte, notamment faute d’avoir su profiter de la majorité bourgeoise qu’il formait – justement – avec le PLR, le parti serait plus inspiré de soigner ses derniers soutiens fédéraux que de les ridiculiser.

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