Si la Suisse adoptait l'initiative visant à limiter la population étrangère à 18%, elle «mettrait en péril sa propre économie et nuirait à sa réputation internationale». Andres Leuenberger, président de l'Union suisse du commerce et de l'industrie (Vorort), ne mâche pas ses mots. Tout comme les représentants de l'Union patronale suisse (UPS) et de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), réunis devant la presse mardi à Zurich, il rejette catégoriquement l'initiative, qui sera votée le 24 septembre. De l'ouvrier à l'employé hautement qualifié, la Suisse a besoin de main d'œuvre, ont-ils argumenté.

Limiter le seuil des étrangers à 18% pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la Suisse, non seulement en asséchant son marché du travail, mais aussi en compromettant sa croissance économique. Pire, cette initiative pourrait tout simplement remettre en cause les accords bilatéraux signés entre la Suisse et l'Union européenne en mai, à commencer par celui sur la libre circulation des personnes. Un grave revers pour les milieux économiques suisses, qui se sont battus pour les ratifier.

Si les voix s'élèvent aussi fort, c'est que l'enjeu est de taille. Les conséquences de cette initiative sont illimitées dans le temps et mal évaluées, souligne Peter Hasler, directeur de l'Union patronale suisse. Selon les chiffres avancés par la presse suisse alémanique, les milieux économiques auraient investi un million de francs pour la contrer. Une somme que Peter Hasler a refusé de confirmer. «Elle est supérieure à celle que nous avons dépensée pour la votation sur l'assurance maternité, qui était déjà perçue comme une grande bataille», a-t-il toutefois lâché.

Les responsables restent sereins face à la décision prise samedi par l'assemblée des délégués de l'UDC à Genève de soutenir l'initiative des 18%. Une décision qui a été prise à l'encontre des recommandations des dirigeants du parti et en particulier contre l'avis de Christoph Blocher, patron de la société EMS-Chemie et ardent défenseur de l'économie libérale. «Les arguments de l'UDC sont de nature purement émotionnelle, alors que les nôtres sont économiques», relativise Peter Hasler (lire ci-contre). A commencer par le financement de la sécurité sociale.

Besoin de spécialistes

Comme l'a rappelé le président du directoire de l'UBS, Marcel Ospel, environ 25% de la population active n'est pas suisse. Or, ces étrangers sont aussi des consommateurs de taille, qui contribuent au financement de la sécurité sociale. La contribution à l'AVS des étrangers employés par son groupe a dépassé le milliard de francs. D'autre part, comme l'a également rappelé le patron de l'UBS, la proportion d'étrangers actuellement en Suisse s'élève à 19%. Or, ce chiffre serait nettement moindre, si comme en France et aux Etats-Unis, la Suisse octroyait la nationalité helvétique à quiconque né sur son territoire. Mais à l'instar de l'Allemagne et de l'Autriche, la nationalité helvétique est donnée par filiation paternelle ou maternelle.

Autre incohérence, selon eux, le texte de l'initiative exclut les scientifiques, les cadres qualifiés et les artistes, qui ne seraient plus désormais comptabilisés comme ressortissants étrangers. Un choix qualifié d'«arbitraire». «Il est absurde d'admettre le libre recrutement d'artistes, mais pas par exemple celui de spécialistes en informatique dont nous avons un urgent besoin», note Andres Leuenberger. Une inquiétude partagée par André Kudelski, patron du groupe lausannois de haute technologie du même nom: «L'avantage des grands pays comme les Etats-Unis est de former une plus grande diversité de spécialistes que la Suisse. Est-ce une raison pour se priver de tels talents?» Sans compter que l'initiative des 18% pourrait entraîner des mesures de rétorsion d'autres pays qui handicaperaient gravement, cette fois-ci, la main-d'œuvre helvétique.