La gauche neuchâteloise a cru avoir trouvé l'Eldorado en remportant les élections fédérales de 1999 et les communales de 2000. Au point de se convaincre qu'en serrant les rangs, elle avait une «chance historique» de renverser la droite majoritaire au Grand Conseil et au Conseil d'Etat, lors des élections du 8 avril 2001.

Socialistes, popistes, écologistes et membres de SolidaritéS ont ébauché une plate-forme politique en douze points. «La discussion a été difficile au départ, mais au fil des rencontres, nos positions ont convergé», constate avec ravissement Pierre Bonhôte, président des socialistes. PS et PopEcoSol ont même trouvé un terrain d'entente sur le dossier miné du combat des syndicats de la fonction publique, en le soutenant.

Il ne restait qu'à définir la stratégie électorale. Pour l'élection au Grand Conseil, toutes les listes du PS et de PopEcoSol seront apparentées. Une première. Comptant 53 députés sur 115, la gauche doit emporter cinq fauteuils supplémentaires pour prendre la majorité, qu'elle n'a jamais eue.

Pour l'élection au Conseil d'Etat, un consensus se dessinait autour de l'option «2 +1» – deux socialistes et un représentant de PopEcoSol. Mais le POP a fait volte face, préférant le lancement de deux listes, l'une socialiste et l'autre de PopEcoSol, histoire de ratisser large au premier tour et favoriser la prise de pouvoir au Grand Conseil. La belle union de la gauche se lézarde, surtout que parmi les candidatures annoncées de la liste des petits partis figure celle de l'enseignant syndicaliste André Babey, ancien socialiste devenu trublion. Le PS ne veut pas de cette épine empoisonnée.

«La divergence tactique n'engendre pas la rupture de la gauche», tempère Pierre Bonhôte. Il n'empêche, plusieurs socialistes ont exprimé, samedi à La Chaux-de-Fonds, leur «déception face aux atermoiements de nos alliés». Sans grande conviction, le PS appelle PopEcoSol à revenir à l'idée initiale du «2 +1». Dans cette perspective, il a officiellement désigné ses deux candidats principaux: la sortante Monika Dusong et le député Bernard Soguel, appelé à succéder à Francis Matthey. Mais il a aussi dû échafauder une solution de rechange, dans l'hypothèse plus probable de listes séparées: le PS présentera un trio, Jacques-André Maire, des Ponts-de-Martel, complète le duo Dusong-Soguel.

Les Verts ont eux aussi examiné la nouvelle proposition du POP ce week-end. Adeptes de l'option «2 +1» et piégés par leurs alliés popistes, les Verts tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de convaincre François Bonnet, Chaux-de-Fonnier de 55 ans, ancien socialiste (comme André Babey) passé dans les rangs écologistes, de figurer sur la liste des petits partis, aux côtés d'un popiste (Claudine Staehli-Wolf ou Marcelo Droguett), de la pasionaria du combat contre le salaire au mérite Marianne Ebel, candidate de SolidaritéS, et de l'indépendant André Babey.

Le POP et ses alliés arrêteront leur choix mardi prochain. Pour compliquer l'affaire encore un peu plus, la candidate la plus profilée et convenant le mieux au PS, Claudine Staehli-Wolf, annonce qu'elle ne sera en course au second tour que si la gauche a pris le pouvoir au Grand Conseil.

Les atermoiements portent un coup important aux ambitions de la gauche. «Etant donné que les petits partis renoncent à gouverner avec nous, peut-être ne faut-il pas aller chercher seuls la majorité au Conseil d'Etat», commente avec dépit le socialiste Laurent Kurth. L'ancien conseiller d'Etat Pierre Dubois corrobore: «Tant qu'il n'y aura pas une majorité de gauche unie au Grand Conseil, il n'est pas opportun de revendiquer la majorité au Conseil d'Etat.»