28 février

Le POP vaudois se livre à un exercice de survie: les élections communales

Avec le retrait de Marianne Huguenin et de Marc Vuilleumier, le petit parti de gauche perd ses dernières figures connues. A Lausanne, David Payot incarne la relève

Que restera-t-il du POP vaudois après les élections communales du 28 février? Le petit parti de gauche, annoncé mourant depuis longtemps, a fait preuve de résilience. Mais il affronte une nouvelle épreuve: le départ de deux de ses dernières figures, Marianne Huguenin et Marc Vuilleumier.

Lire également l'interview de Marianne Huguenin: «Il y a de la place pour une gauche plus combative» 

Marianne Huguenin a exercé durant dix ans la syndicature de Renens, qu’elle a marqué de son passage (lire interview). L’action de Marc Vuilleumier à la Municipalité de Lausanne a suscité davantage de controverse, comme en 2012 lorsqu’il a abandonné la police. Depuis, il se concentre sur le rayonnement sportif de Lausanne, qui n’est pas davantage la tasse de thé de son parti. Mais l’un comme l’autre, 66 ans tous deux cette année, ont donné de la visibilité à leur formation politique.

Solide mais discret

La difficulté de remplacer les vedettes de Renens et de Lausanne par des candidats de bien moindre notoriété n’est pas la seule. A Nyon, le troisième élu du POP dans un exécutif communal, Claude Dupertuis, s’en va également, mais aucun camarade ne brigue sa place. Dans la ville qui fut le fief d’Armand Forel, le municipal rouge n’avait déjà plus de groupe au parlement communal. A Prilly, le parti déclare aussi forfait, par épuisement militant selon les responsables de la section. Au total, le parti n’est plus en état de présenter des listes dans 4 des 10 communes où il est encore présent. Renens, avec ses 23 membres sur 80 au Conseil communal, reste le bastion.

A Lausanne, la relève s’appelle David Payot, 37 ans. Il est conseiller communal depuis 2005, solide mais suffisamment discret pour que sa désignation pour briguer le fauteuil municipal ait pu surprendre. Il a appris la politique avec son père, Pierre Payot, militant émérite et député pendant plus de trente ans. Licencié en psychologie, le fils est travailleur social à l’Avivo, l’association de personnes âgées. En retard de notoriété, il peut compter sur la fidélité de la base POP et tourner en avantage son tempérament modéré.

Le meilleur moyen d’être élu

«Nous nous méfions de l’austérité comme moyen d’assainissement», explique le jeune candidat pour justifier l’utilité de son parti dans la majorité plurielle au pouvoir à Lausanne depuis un quart de siècle. «Nous voulons aussi pouvoir compter sur de nouvelles recettes. Du reste, l’équilibre budgétaire n’est pas pour nous un objectif absolu.»

«Au POP, nous ne voyons pas les élections comme l’aboutissement de tout engagement politique», assure encore David Payot. Une profession de foi qui ne l’a pourtant pas empêché de s’inscrire d’emblée, avec les candidats roses et verts, sur la liste d’alliance pour le premier tour. Ce qui est la meilleure manière, pour ne pas dire la seule, de conserver le siège.

Cible de la droite

Pour le Parti socialiste, qui s’apprête à renforcer son emprise sur la direction de Lausanne en reprenant la syndicature, la diversité de la gauche est une garantie de succès. Du reste, avec son socle de 10% des voix et ses treize élus au Conseil communal, le POP et ses alliés de Solidarités sont tout simplement indispensables pour assurer à la gauche une majorité confortable. Benoît Gaillard, le président du PS lausannois, apprécie aussi «les piqûres contre l’endormissement» du POP, qui a par exemple stimulé la politique de logement de la Ville.

La droite, elle, espère doubler sa présence à la Municipalité, en passant d’un à deux élus dans un collège de sept. Elle vise explicitement le siège du POP, plutôt que le second siège vert, brigué par une candidate, Natacha Litzistorf. Plus commode? «Lors de la dernière législature, nous avons collaboré avec l’élue écologiste, alors que nous avons une vraie opposition avec l’extrême-gauche, répond le candidat PLR Pierre-Antoine Hildbrand. Parmi ses rares propositions, David Payot a voulu augmenter l’impôt sur les entreprises, ce qui est heureusement resté sans effet.»

Quand le POP avait la majorité absolue

Les difficultés actuelles du POP offrent un contraste saisissant avec le triomphe de ses débuts, il y a 70 ans de cela. Né à la fin de la seconde guerre mondiale, comme les autres sections du Parti suisse du travail (PST), le POP triomphe d’emblée aux élections de 1945. «Cela s’explique par les victoires de l’armée rouge et le grand besoin de changements économiques et sociaux», note Pierre Jeanneret, historien du POP. Ce printemps-là, le parti fait 42 sièges au Grand Conseil, alors que le PS n’en a que 26. A Lausanne, en novembre de la même année, la gauche arrache 71 sièges sur cent au Conseil communal, dont 39 pour le POP. A Nyon, le POP obtient la majorité absolue. Aux élections fédérales de 1947, POP emporte trois des 16 sièges vaudois. Il ne fera jamais mieux.

La guerre froide, avec les interventions soviétiques en Hongrie (1956) et en Tchécoslovaquie (1968), sera fatale pour le POP, dont la rigidité conduira aux scissions. A l’inverse, la chute du Mur amène un bol d’air frais au parti, qui connaît à cette époque, avec Josef Zisyadis, un spectaculaire redressement. Ces dernières années, au fil des alliances avec les héritiers de ses anciens dissidents, le mouvement Solidarités notamment, l’étiquette POP est devenue passablement floue. L’espace pour une gauche radicale, face à un parti socialiste toujours plus étroitement associé aux affaires, n’a pas entièrement disparu pour autant.

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