Les rouages de la collégialité sont-ils rouillés? Près de deux personnes sur trois en Suisse (64%) ne pensent plus le Conseil fédéral capable d’un bon travail d’équipe, indique un nouveau sondage Sotomo réalisé pour le Sonntagsblick. Un nuage noir passe sur un pays qui veut être celui du consensus politique.

Ce résultat ne surprend pas Michael Hermann, politologue et directeur général de Sotomo: «Il y a une rivalité évidente au sein du Conseil fédéral. On essaie de se nuire mutuellement par des indiscrétions ciblées», commente-t-il dans le journal alémanique. La population perçoit cette atmosphère remplie de rivalités. «C’est comparable à l’époque où Pascal Couchepin et Christoph Blocher étaient au gouvernement», précise-t-il.

Les sondés ont également jugé les performances du chacun des conseillers fédéraux. C’est Karin Keller-Sutter (KKS) qui convint le plus. Notée de 1 (le moins bon) à 6 (la meilleure note), la ministre de Justice et Police a obtenu un bon 4. Le travail de la Saint-Galloise est plus apprécié en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, relève le média. Les défis actuels l’aident à prendre le devant de la scène. «Elle a pu faire ses preuves en accueillant les réfugiés ukrainiens. Son département est au centre de cette crise», commente Michael Hermann.

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KKS devance ainsi le conseiller fédéral UDC Guy Parmelin et la ministre de la Défense Viola Amherd (le Centre), respectivement deuxième et troisième sur le podium. Le grand argentier Ueli Maurer (UDC) arrive quatrième, suivi du conseiller fédéral socialiste Alain Berset à la cinquième place. Ce dernier paie la médiatisation de plusieurs affaires qui ont terni son image, dont celle récente de son vol en France, qui a déclenché l’intervention de l’armée de l’air française.

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Alain Berset bénéficiait d’une popularité importante en tant que ministre de la Santé en période de crise du Covid-19 mais il «est désormais confronté au problème que le public commence à voir les gros titres négatifs non plus comme des cas isolés, mais comme des modèles», observe Michael Hermann.

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Alain Berset est suivi au classement par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, et par l’actuel président de la Confédération, Ignazio Cassis (PLR), qui clôture le classement avec une note de 3,2. «Même la conférence internationale sur l’Ukraine à Lugano n’a pas été en mesure de lui donner une impulsion. Les difficultés considérables que le Tessinois a montrées au début de l’agression russe et la communication confuse quant à savoir si et comment la Suisse soutiendrait les sanctions contre Moscou ont laissé des traces», estime le Sonntagsblick.

Ignazio Cassis aura peut-être le temps de remonter la pente. Ce dimanche, il s’est dit prêt à rester dix ans au Conseil fédéral: «Je suis très content d’être conseiller fédéral, d’être président de la Confédération cette année, a-t-il lâché lors de la traditionnelle interview du 1er Août au téléjournal de la RTS. J’ai toujours imaginé pouvoir travailler dix ans dans cette fonction.» Si le Parlement le veut bien, il se tiendra à disposition pour ce laps de temps, soit jusqu’en 2027.

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