L’affaire fait grand bruit et interpelle, ce d’autant qu’il n’y a pas de prise de position officielle. «Le Temps» est toutefois en mesure de confirmer un lien paraissant évident à tout le monde: l’annonce précipitée vendredi matin de la démission du procureur général du canton du Jura, Yves Maître, 55 ans, en place depuis dix ans, et l’ouverture d’une enquête disciplinaire à l’encontre d’une trentaine de fonctionnaires soupçonnés d’avoir consulté des sites pornographiques au bureau, sont la même affaire.

Dans un communiqué qu’il a diffusé lui-même, le procureur précise que «les faits qui lui sont reprochés ne pas sont pas constitutifs d’une infraction», sans préciser la nature exacte de ces faits. Mais ils sont «susceptibles de porter atteinte à l’image du magistrat». Plutôt que de se soumettre à une enquête du Conseil de surveillance de la magistrature, saisi de l’affaire par le gouvernement, Yves Maître, fidèle à son tempérament franc, préfère s’en aller spontanément.

Le Ministère public jurassien est très personnalisé, car constitué de deux seuls magistrats: le procureur général et sa substitute. Ainsi, le procureur général est très régulièrement celui qui soutient l’accusation dans les procès pénaux. Yves Maître avait ainsi acquis une stature cantonale conséquente.

Si l’affaire éclate, c’est un peu par hasard. Il n’y a pas eu de dénonciation directe. C’est en raison de bugs incompréhensibles au premier abord dans le système informatique de l’administration jurassienne. Des lenteurs qui n’auraient pas dû survenir. Les informaticiens ont alors constaté un nombre trop élevé de connexions à Internet. Des vérifications ont été menées, des disques durs saisis, et il est apparu qu’une trentaine de fonctionnaires, en plus du procureur, consultaient, durant leurs heures de travail, des sites à caractère pornographique.

Il s’agit d’agents publics provenant de multiples services. Aucun chef de service n’est soupçonné. Pour faire la lumière sur l’affaire, préciser qui consultait quoi, selon quelle fréquence, le gouvernement a confié l’enquête au juge fédéral Jean-Luc Baechler. Il devrait rendre un premier rapport dans le courant du mois d’avril, qui précisera l’importance de l’infraction. Le gouvernement jurassien n’a pas saisi la justice, il est envisageable qu’il s’en tienne à une enquête disciplinaire interne. Avec des sanctions pouvant aller du simple blâme à la révocation.