Lorsqu'il s'intronise à la mairie de Porrentruy, le 1er janvier 1997, après une élection remportée pour 27 petites voix, l'avocat démocrate-chrétien Hubert Theurillat promet d'être l'antithèse de son prédécesseur, le radical Jean-Marie Voirol, dont il a vertement dénoncé le laxisme. Pour joindre le geste à la parole, il impose le port de l'uniforme aux agents de la police locale. Une façon de montrer qu'il va serrer la vis et contrecarrer le manque de rigueur et de sérieux de ce service. Premier visé: le commissaire.

Les éléments à charge vont s'accumuler. Les agents oseront même se plaindre des manquements de leur patron, auquel ils reprochent des dysfonctionnements internes et de mauvais rapports de travail. Survient l'incident du 8 janvier: une bande de jeunes Delémontains vient régler ses comptes à de jeunes Bruntrutains. Les polices cantonale et municipale parviennent à éviter la bataille rangée (Le Temps du 11 janvier). Le commissaire de Porrentruy, Narcisse Vuillaume, en congé, n'est pas de la partie.

«L'incident joue un rôle décisif», constate le maire. Le 11 janvier, Narcisse Vuillaume est suspendu et prié de rester chez lui jusqu'à l'aboutissement d'une procédure disciplinaire orchestrée par trois membres de l'exécutif: le maire Hubert Theurillat et les conseillers Bernard Jacquat et Marcel Hubleur. Le commissaire garde toutefois son traitement.

Dénonçant une cabale, Narcisse Vuillaume fait recours. Le juge Vincent Willemin lui donne raison et casse la suspension, estimant que le droit d'être entendu du commissaire a été violé. Agé de 55 ans, dont vingt-cinq en tant que commissaire, Narcisse Vuillaume peut savourer un succès, qui risque pourtant de rester sans lendemain. Il veut en tirer parti. «Sur conseil de mon avocat, j'irai à mon bureau lundi», défie-t-il. A moins que d'ici là, la municipalité lui ait rappelé qu'il n'est plus le bienvenu. Même traîné dans la boue par ses subordonnés, Narcisse Vuillaume se dit capable d'oublier. «Je suis prêt à affronter une reprise du travail avec des gens qui m'ont passablement chargé.»

Le maire Hubert Theurillat a peut-être perdu une bataille, mais pas la guerre. «Je conteste la décision du juge, qui fait montre d'un formalisme excessif. Ce n'est qu'un incident de procédure.» La procédure, justement, connaîtra son dénouement sur le fond d'ici fin avril. «L'enquête est bouclée, nous notifierons à M. Vuillaume les griefs reprochés la semaine prochaine. Il pourra donner son avis, avant que le conseil municipal arrête la sanction.» Hubert Theurillat résume la situation: «La confiance n'existe plus.» Les absences et les virées dans les restaurants du commissaire alourdissent le dossier, à tel point qu'il est affublé du surnom ironique de shérif!

A Porrentruy, malgré le jugement favorable, rares sont ceux qui donnent à Narcisse Vuillaume une chance de sauver sa peau. Personne ne l'imagine réintégrant la police locale. La procédure devrait ainsi déboucher sur une mise à pied, par la manière forte de la révocation ou plus subtilement par une non-réélection au terme de la législature, à fin 2000.