Le port du masque ne sera pas généralisé en Suisse. Il ne sera pas nécessaire d’en enfiler un pour faire son jogging, une virée à vélo ou ses courses. Une protection faciale ne devra être portée que dans certaines circonstances précises. En règle générale, ce sera le cas «lorsque la distance entre l’acte professionnel et la clientèle est inférieure à 2 mètres», a résumé mercredi le délégué de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) au Covid-19, Daniel Koch.

Il appartient cependant aux branches professionnelles de soumettre leurs propres plans de protection. Et ce sont ensuite les cantons qui vérifieront sur le terrain que les dispositions contenues dans ces concepts sectoriels sont respectées, a décidé le Conseil fédéral.

Pas de masque obligatoire dans les magasins

Le gouvernement ne juge pas nécessaire de se couvrir la bouche et le nez dans les magasins, car il est possible d’y garder «une distance suffisante», estime-t-il. Mais les mesures prises par les branches pourront être contraignantes. Selon les cas, les entreprises et commerces pourront «obliger leur clientèle à porter un masque» et refuser de servir les personnes qui ne se soumettraient pas à cette injonction.

S’agissant des transports publics, un plan de protection ciblé est en voie d’élaboration. Il sera publié prochainement. Selon le Conseil fédéral, il ne devrait pas être nécessaire de se voiler le bas du visage dans un bus ou un train faiblement fréquenté. Le port d’un masque d’hygiène pourra cependant être recommandé aux heures de forte affluence.

Chacun devra s’équiper soi-même

Les commerces autorisés à reprendre leurs activités lundi 27 avril devront adopter leur concept de sécurité sanitaire avant cette date. Cela concerne les salons de coiffure et de beauté, les cabinets de médecine, de physiothérapie et d’autres professions de soins corporels, les cabinets dentaires, les jardineries, les magasins de bricolage, les pépinières et les fleuristes. Les libres-services (stations de lavage, solariums) seront aussi accessibles dès le 27 avril.

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Les établissements de santé, les entreprises et les privés devront s’équiper eux-mêmes. Dans cette perspective, la Confédération compte rattraper le retard constaté au début de la crise sanitaire en matière de masques d’hygiène. Viola Amherd, ministre de la Défense, annonce que 100 millions de pièces ont été acquises jusqu’à maintenant. Toutes n’ont pas encore été livrées, car «les marchés restent volatils, les offres changent très vite et tous les pays achètent le même matériel au même moment». Néanmoins, la pharmacie de l’armée livrera un million de masques par jour aux grands détaillants ces deux prochaines semaines. Elle a déjà fourni 21 millions d’équipements faciaux aux cantons.

Retour en arrière

Alain Berset déconseille de se fabriquer ses propres loups naso-buccaux. Une qualité sanitaire minimale doit en effet être garantie pour que la protection soit efficace. Les masques doivent être changés régulièrement. Le ministre de la Santé souligne que, s’ils empêchent une personne infectée d’en contaminer une autre, ils n’offrent pas une protection suffisante aux gens sains. Les gestes de base – distance sanitaire, lavage des mains – restent les plus efficaces, affirme-t-il. «Un masque mal utilisé peut même se révéler contre-productif. Il est faux de penser que l’on se protège en enfilant n’importe quoi autour du nez», relève Daniel Koch.

Le Conseil fédéral est revenu en arrière à propos des magasins d’alimentation. Son intention de les autoriser à élargir la palette d’articles admis à la vente a déclenché de vives réactions. Les commerçants indépendants ont protesté contre ce qu’ils ont considéré comme une distorsion de concurrence. «Comme cela a généré beaucoup d’incertitudes et de questions, nous préférons y renoncer», a fait savoir Alain Berset.

Reprise de certaines activités sportives

Les grandes surfaces devront ainsi attendre que les autres détaillants puissent rouvrir leurs portes le 11 mai avant d’élargir leur gamme de produits. Les lacets de souliers attendront. Les organisations faîtières des détaillants sont certes satisfaites qu’il n’y ait pas de discrimination supplémentaire, mais elles restent déçues: l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et Commerce Suisse auraient préféré que le Conseil fédéral décide de rouvrir tous les commerces le 27 avril.

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Si le Conseil fédéral avait maintenu son idée, il aurait dû établir la liste des marchandises autorisées à la vente. Il s’épargne ce travail fastidieux. Mais la question n’est pas complètement résolue pour autant. La réouverture des jardineries et des magasins de bricolage crée un nouveau déséquilibre, car, dans leur assortiment, ils proposent des produits qui font aussi partie de la gamme de commerçants concurrents qui, eux, doivent patienter jusqu’au 11 mai pour pouvoir les vendre.

Le Conseil fédéral fixera mercredi prochain les conditions de réouverture des écoles obligatoires ainsi que la reprise de certaines activités dans les domaines de la restauration et du sport. Certains sports qui respectent les règles sanitaires et n’impliquent pas de «contact physique» pourront être autorisés dès le début de mai, a annoncé Viola Amherd.