C'est une petite femme blonde, toute fine, elle parle d'une voix douce, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Margrit Bossart écoute son interlocuteur d'un air appliqué et sage. Lorsqu'on l'appelle chez la présidente de l'Organisation suisse des patients (OSP), son mari répond fréquemment. Il prend les messages car elle est souvent en déplacement.

Elle court d'une séance à l'autre dans différentes commissions, hante les couloirs du Palais fédéral pendant les sessions parlementaires. Bref, elle mène un parfait travail de lobbyiste. Son sourire et sa disponibilité cachent une volonté affirmée de faire passer son message. Il tient en peu de mots, mais a pris toute son importance depuis l'entrée en vigueur, en 1996, de la nouvelle loi sur l'assurance maladie

(LAMal): «Il faut mettre en avant les intérêts des patients.» Pour ce faire, Margrit Bossart, économiste de formation, ne ménage pas sa peine. Son visage, sa voix sont connus du public en Suisse alémanique, ce qui n'est pas le cas de ce côté-ci de la Sarine. Pas encore, car l'OSP est au début de son offensive en Suisse romande. «Nous sommes au stade du défrichage.»

Antenne à Lausanne

Premier acte de cette extension, l'ouverture en novembre 1997, d'une antenne à Lausanne qui offre un service de consultations sur le modèle existant déjà à Berne, Zurich et Saint-Gall. L'économiste Babette Hünenberger, déléguée pour la Suisse romande et membre du conseil de fondation, s'en occupe, épaulée par une infirmière. «C‘est le tandem idéal. Quand nous recevons une plainte, Babette l'analyse du point de vue de la santé publique, éventuellement avec l'aide d'un avocat. L'infirmière, elle, peut mesurer son importance selon l'échelle de valeur du patient dont elle connaît les besoins.» L'OSP a également ajouté quatre pages en français à son journal et édité parallèlement une petite brochure, l'ABC des droits du patient. Y sont abordées des questions comme le prélèvement des organes, les honoraires ou le secret médical.

D'une manière générale, les bureaux de l'OSP ne prodiguent pas de conseils pour les personnes en bonne santé. «Le problème de choix d'assurance par exemple relève des associations de consommateurs. Comme nos moyens sont limités, nous sommes obligés de cibler nos objectifs.»

L'organisation est née en 1981 sous l'impulsion de trois femmes qui ont voulu réunir leurs forces pour faire face à des situations liées au droit des patients. Forte de 3000 membres qui paient chacun 40 francs par an pour leur affiliation, elle dépend maintenant d'une fondation.

«L'idée de base était de favoriser le maximum de transparence quant à l'utilisation des cotisations et d'obtenir plus facilement des dons.» Margrit Bossart marque une pause, rit et glisse: «Cela n'a pas vraiment été le cas.» Elle admet que, sur ce point, c'est «dur, très dur». Elle rit encore, petit tour de passe-passe pour rendre les choses plus légères. En insistant encore, on apprend que Babette Hünenberger travaille bénévolement, et que la présidente reçoit un tout petit quelque chose, équivalent à de l'argent de poche, pour un travail de tous les instants.

Avant d'être élue à la présidence de l'OSP en 1992, Margrit Bossart a fait ses griffes dans l'Administration fédérale à la surveillance des prix. «Je me suis toujours intéressée aux aspects cartellaires du point de vue du consommateur et du patient.» La commission Schoch, constituée par le conseiller fédéral Flavio Cotti pour élaborer la LAMal, fait alors appel à elle comme expert. «C'est de cette façon que j'ai commencé à travailler pour les patients. Et j'ai été nommée, presque simultanément, en 1989, vice-présidente de l'organisation.»

Margrit Bossart, n'abandonne jamais ce qu'elle a commencé. Son travail est continu comme celui de l'eau: elle obtient ses résultats à l'usure. Sa persévérance lui a permis de convaincre les parlementaires du bien-fondé du droit de consultation qu'ont désormais les organisations de patients et de consommateurs lors d'un accord tarifaire entre prestataires de soins et assureurs. «Il a fallu sept sessions pour que le parlement soit mûr et accepte cette idée. J'ai veillé à ce qu'elle ne passe pas à la trappe. A la rentrée nous attaquerons les problèmes des assurances complémentaires.»

A force d'user ses semelles en faisant la navette du Conseil national au Conseil des Etats pour convaincre les députés d'œuvrer dans le sens du droit des patients, la présidente de l'OSP ne se sent-elle pas l'âme politique? «Pas encore répond-elle avec un petit sourire, pour l'instant nous faisons un travail de pionnier. Je ne veux pas être limitée par l'appartenance à un parti, je me tiens à mon activité de lobbying.»