Un psychopathe avec des pulsions sadiques. Un meurtrier sexuel. Un pervers qui a éprouvé un plaisir intense à l’idée d’égorger sa victime. Aux yeux des experts psychiatres, Fabrice A. présente le profil le plus inquiétant qui soit. Celui pour lequel aucune thérapie existante ne pourrait fonctionner. Les spécialistes ne ferment toutefois pas définitivement la porte à une évolution. «On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il n’y a pas d’espoir».

Les docteurs Alexandra Rageth et Eric Luke, entendus au deuxième jour du procès, ont co-rédigé un rapport qui fait du prévenu un être à la personnalité profondément troublée et à la dangerosité extrême. Les auteurs du second rapport, un binôme français, seront entendus mercredi. Leurs conclusions divergent sur le degré de responsabilité et sur certains aspects du diagnostic.

Désir de tuer

De la bouche même de Fabrice A., les experts ont entendu bien des horreurs. Le prévenu leur a ainsi confié avoir flashé sur Adeline, l’avoir choisie car elle lui semblait facilement manipulable, s’être passé en boucle des films et des scènes d’égorgement en pensant à elle, et avoir éprouvé un plaisir sexuel avec cette fascination pour la domination absolue. «Tout son esprit était tourné vers le désir de tuer une femme.» Ce fantasme était récurrent.

Par contre, les experts n’ont pas décelé dans son récit deux éléments généralement présents dans ce type de profil malfaisant. «Il n’a pas évoqué le besoin de faire peur pour éprouver du plaisir.». De même, Fabrice A. n’a manifesté aucun sentiment de haine envers sa victime. Cette haine qui pousse au final à éliminer l’autre.

A Me Simon Ntah, l’avocat de la partie plaignante, qui demande si le prévenu peut être considéré comme sincère lorsqu’il dit le plus grand bien d’Adeline, les psychiatres répondent par l’affirmative. Cela ne l’a pas empêché d’agir contre elle car il s’est connecté à une autre réalité et à une autre image de la femme.

Pathologie envahissante

Au moment de tuer la sociothérapeute, les experts estiment que Fabrice A. n’avait pas entièrement la faculté de contrôler ses actes. Même s’il a ruminé ce scénario criminel dans sa cellule, il ne croyait pas forcément pouvoir aller jusqu’au bout. Dans cette forêt de Bellevue, la réalité et l’imaginaire se sont mélangés dans sa tête. «Sa pathologie a pris le dessus.» Ses pulsions et la connexion avec toutes ses rêveries sexuelles l’ont aussi empêché d’arrêter son geste. «Tout en sachant clairement ce qu’il faisait, il était pris dans cette hallucination fantasmatique.»

Les experts concluent à une responsabilité légèrement restreinte de Fabrice A. en raison de l’importance de son trouble. Et le Dr Luke d’ajouter: «Sa dangerosité réside précisément dans cette pathologie extrêmement présente et agissante.» La liaison est toute trouvée. Le prévenu présente un risque de récidive très élevé. Ce trait sadique, déjà à l’oeuvre au moment des premiers viols, est allé crescendo. Il lui fallait quelque chose de plus. Cela a été l’égorgement d’Adeline. Il pourrait donc encore tuer.

Risque de récidive très élevé

La grande capacité de manipulation de Fabrice A. a également été relevée. Ce dernier a passé au filtre de l’évaluation d’un certain nombre de thérapeutes en réussissant à les gruger. «Nous avons même été amenés, lors de l’expertise, à interrompre une séance pour mettre fin à son jeu», explique Eric Luke. Enfin, les spécialistes ne voient pas chez lui trace d’un semblant de remords. «Il n’y a pas d’intégration des événements dans une forme de culpabilisation.»

Les perspectives de traitement de la psychopathie et des troubles sexuels sadiques sont mincissimes. Le nombre de criminels de cette envergure étant faible, les recherches sont peu nombreuses. Désormais, précise Alexandra Rageth, la communauté scientifique s’intéresse à ces personnes afin que leur retour à la vie normale ne compromette pas la sécurité publique. Il y a eu des essais au Canada, il y a des thérapies tentées en France pour comprendre le fonctionnement destructeur et amener à un changement de comportement.

Tout cela reste très théorique, ajoutent les experts, et il est trop tôt pour dire si ces recherches vont aboutir et si Fabrice A. pourrait en tirer un bénéfice. Quant à une castration chimique, celle-ci n’aurait aucun effet sur ce prévenu qui a utilisé sa main et un couteau, objet clairement lié à son imaginaire sexuel. Dans ces conditions, l’intéressé peut-il être déclaré pour toujours incurable et définitivement irrécupérable? La réponse est non.

Aucun pronostic définitif

Selon les experts, le risque de récidive doit être réévalué régulièrement. «Il est difficile de prévoir l’évolution de quelqu’un sur des décennies. De même, il est difficile d’exclure toute possibilité d’amélioration. Des cas que l’on croyait désespérés ont fini par évoluer favorablement.»

Le tribunal n’a pas voulu les entendre se prononcer de manière plus précise sur la question ultrasensible de l’internement à vie. «C’est une question juridique et non psychiatrique», a souligné la présidente Anne-Isabelle Jeandin Potenza. Une position qui soulagera des experts déjà peu enclins à endosser ce rôle et cette responsabilité.


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