Lundi soir, à la table d'un café bernois, Thérèse Meyer avait envie de parler. Pas de sa personne, qu'elle rechigne à mettre en avant, plus par modestie que par pudeur, mais de sa carrière et de sa candidature à la présidence du Conseil national qui devait se jouer mardi, au sein du groupe PDC. «J'ai le flair quand il s'agit des autres», s'amusait à dire la Fribourgeoise en se tapotant le nez avec son doigt. «Là je ne sais pas, on verra demain.» Moins de 24 heures plus tard, c'est une Thérèse Meyer très émue qui se réjouissait, face à la presse, de relever un nouveau défi, celui de reprendre au pied levé la fonction laissée vacante par Jean-Philippe Maitre.

La veille, excitée par la perspective d'être préférée au Lucernois Josef Leu pour remplacer le démissionnaire atteint dans sa santé, la démocrate-chrétienne avait de la peine à contenir son enthousiasme et à garder les idées claires. Mais Thérèse Meyer n'est pas femme à se disperser longtemps. Le récit de sa vie tout juste entamé, la politicienne d'Estavayer-le-Lac l'a poursuivi jusqu'au bout, sans digression, comme elle a l'habitude de le faire lorsqu'elle se plonge dans ses dossiers. Après plus d'une heure de vagabondage entre ses souvenirs estudiantins, ses mandats politiques, sa vie de famille et sa personnalité colorée, Thérèse Meyer avait laissé retomber toute la tension qui la taraude depuis qu'elle s'est engagée dans la course au perchoir. «Ça m'a fait du bien de parler», confiait-elle.

Peu ambitieuse, «sauf quand elle s'est engagée dans un dossier ou dans un mandat», cette passionnée de sport, de cartes et de chant est entrée en politique parce qu'on l'avait sollicitée. Comme elle a tendance à toujours répondre oui aux appels du pied qu'on lui fait, Thérèse Meyer a fini par arriver à Berne, après des mandats dans sa commune et dans son canton de Fribourg. Un canton au terreau propice pour les carrières politiques démocrates-chrétiennes: Joseph Deiss au Conseil fédéral, Dominique de Buman à la vice-présidence du parti, Thérèse Meyer candidate au perchoir et Urs Schwaller, conseiller aux Etats fortement pressenti pour succéder à Jean-Michel Cina à la présidence du groupe. Déjà catapultée sous la Coupole, en 1999, en tant que première viennent-ensuite pour remplacer Joseph Deiss élu au gouvernement, la politicienne est, ironie du sort, à nouveau «réquisitionnée» pour repourvoir un fauteuil laissé vacant.

Son dada, ce sont les assurances sociales

Thérèse Meyer parle cinq langues et se passionne, entre autres, pour le droit (chez les Meyer-Kaelin on est soit médecin, soit notaire). Maître queux qui apprête les bonnes idées au sein du PDC, elle quitte dès qu'elle le peut les cuisines du parti pour se mettre derrière ses propres fourneaux. Cordon bleu, elle avoue pourtant que le four à micro-ondes a bouleversé sa vie de femme active. La Fribourgeoise a aussi su, à force de présence sur les dossiers et de réflexions mesurées, se faire une place dans le cénacle des experts du parlement. Son dada à elle, ce sont les assurances sociales. Le congé maternité de 14 semaines, la carte santé, la flexibilisation des retraites, l'allégement des primes maladie pour enfants et l'accès facilité des femmes au 2e pilier ont tous «quelque chose de Meyer». Un quelque chose qui varie entre la maternité du projet et la petite touche personnelle. Plus satisfaite que fière du travail qu'elle accomplit, cette épouse et mère de médecin sait comment faire avancer ses dossiers, que ce soit en commission ou en plénum. «Je ne me considère pas comme un stratège, mais disons que je vois les enjeux», analysait-elle lundi pour se conforter dans l'idée qu'elle ferait une bonne présidente. Son collègue et ancien premier citoyen, Yves Christen (PRD/VD), préfère affectueusement la qualifier de «malicieuse», pour signifier qu'elle sait comment arriver à ses fins.

Cette efficacité que bien des parlementaires lui reconnaissent, la Fribourgeoise de 56 ans dit la devoir à son expérience de l'exécutif, un mandat qu'elle a conservé durant dix-sept ans, en tant que conseillère communale puis syndique d'Estavayer-le-Lac. Et pour transformer ses idées en lois, Thérèse Meyer n'hésite pas à emprunter la voie médiane et à user du consensus. «On n'avance jamais avec d'immenses réformes», déclarait-elle encore. «Même Pascal Couchepin vient de le comprendre», ajoutait-elle rieuse, mais presque honteuse d'avoir osé la blague. Sous ses airs de dame du parlement, celle qui est quatre fois grand-mère, garde une fraîcheur déroutante. Débordante d'énergie, la laborantine de formation a pourtant l'emphase plus zygomatique que verbale, un trait qui semble parfois trahir une tendance à la désorganisation. «Pas du tout», répond son voisin dans l'hémicycle, le Valaisan Maurice Chevrier. «Lorsqu'elle débat, Thérèse veut être la plus exhaustive possible et elle laisse de côté les formules toutes faites», explique-t-il. Pour l'UDC fribourgeois Jean-François Rime, c'est «son ascendance latine» qui s'exprime quand elle s'enthousiasme trop, Thérèse Meyer étant tessinoise par sa mère.

Bon nombre de parlementaires voient en elle une future bonne présidente. S'il croit en ses capacités, Yves Christen tempère pourtant. «C'est un défi important qu'elle se lance. La charge ne sera pas facile, d'autant plus qu'elle n'a pas pu apprendre le métier, car elle n'est pas membre du bureau», explique-t-il. Jean-François Rime se réjouit que sa collègue délaisse sa fonction de conseillère nationale. «Elle arrive toujours à tirer son épingle du jeu et ses projets dans le domaine des assurances sociales nous coûtent cher», ironise le Bullois.

Plus habile à mettre sur pied des propositions qu'à en faire la promotion, Thérèse Meyer donne davantage l'image d'une travailleuse de l'ombre, plutôt que celle d'une charismatique politicienne. Mais les feux des projecteurs l'a révéleront peut-être sous un nouveau jour…