Le Conseil fédéral ne devrait pas échapper à un débat sur l'islam radical et les mesures qu'il convient de leur appliquer. Christoph Blocher doit répondre à une interpellation déposée le 30 septembre dernier par le conseiller national Maurice Chevrier, et signée par 41 parlementaires. Le démocrate-chrétien valaisan demandait au gouvernement de dire s'il «considère l'islamisme radical comme une menace.»

Mais c'était avant la mort, le 2 novembre à Amsterdam, du réalisateur néerlandais Theo van Gogh, tué par un extrémiste, selon les premières constatations de l'enquête, en raison des violentes critiques émises par la victime à l'égard de l'islam et du multiculturalisme. Depuis le drame, les Pays-Bas ont été le théâtre de plusieurs actes de représailles contre la communauté musulmane.

Ces derniers jours, un lien possible est apparu entre ce meurtre et Mohamed Achraf, détenu en Suisse et suspecté par la police espagnole d'être le cerveau d'un attentat planifié contre l'Audience nationale, la principale juridiction pénale en Espagne. Mohamed Achraf, identifié tardivement par les autorités suisses comme l'homme recherché par Madrid à la suite de pannes dans la communication entre les deux pays, aurait participé au financement de la branche islamique radicale à laquelle est imputée la mort de Theo van Gogh.

Une formation académique

Dans ce contexte tendu, le porte-parole du gouvernement, le vice-chancelier Achille Casanova, a refusé de confirmer au Matin dimanche, dans son édition d'hier, l'existence d'un rapport d'experts prônant des mesures répressives étendues visant à juguler les manifestations de l'islamisme radical. Ce document a dû, selon le journal, être évoqué lors d'une séance de la Délégation pour la sécurité du Conseil fédéral, réunissant Samuel Schmid, Christoph Blocher et Micheline Calmy-Rey. Selon le Matin dimanche, ce rapport préconiserait notamment de modifier la loi sur les étrangers de manière à «pouvoir refuser plus facilement l'entrée en Suisse d'imams ou de théoriciens du radicalisme musulman». Il s'agirait également de mettre sur pied une formation académique des imams en Suisse. Une idée déjà évoquée il y a quelques semaines dans les médias, à titre personnel, par le coordinateur des renseignements, Jacques Pitteloud.

Seule certitude: une révision de la loi sur la sécurité intérieure fera l'objet d'un rapport soumis au Conseil fédéral l'an prochain. Un premier train de mesures avait été mis en consultation en 2003, visant en particulier le hooliganisme et la propagande extrémiste. La question, depuis longtemps débattue, des écoutes téléphoniques préventives – effectuées en dehors de toute enquête judiciaire –, dont les services de renseignement suisses ne disposent pas pour l'heure, devrait refaire surface. Christoph Blocher y a déjà fait allusion.