L’arrivée en Suisse, à la mi-août, du test de dépistage prénatal de la trisomie 21 suscite la controverse. Le Praenatest, commercialisé par la firme Lifecodexx, basée en Allemagne, permettra à l’avenir, sur une simple prise de sang, de dépister le syndrome de Down, annonce la «NZZ am Sonntag».

Le Praenatest, qui doit encore recevoir un certificat de conformité pour l’espace européen, sera ensuite commercialisé en Suisse aussi, selon l’Institut des produits thérapeutiques Swissmedic. Mais le débat fait rage: les associations de défense des personnes handicapées craignent une augmentation de la pression sociale en faveur de l’avortement.

Le professeur Peter Suter, vice-président de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) et ancien doyen de la Faculté de médecine de Genève, répond au «Temps».

Le Temps: Etes-vous personnellement favorable à l’introduction du test de dépistage prénatal de la trisomie 21?

Peter Suter: Oui, j’y suis très favorable. Je considère la possibilité d‘effectuer des diagnostics précis et non invasifs comme une évolution tout à fait souhaitable . Une très grande partie du corps médical partage cet avis. Les médecins soutiennent l’autonomie des parents – et surtout de la future mère – d’avoir le droit d’effectuer des tests qui concernent non seulement l’avenir de leur enfant, mais aussi le leur. Je soutiens d’ailleurs aussi le droit des parents de décider d’une interruption volontaire de grossesse qui respecte le cadre légal (ndlr: En Suisse, cette décision appartient à la femme durant les 12 premières semaines de grossesse. Dès la 13ème semaine, cette intervention nécessite un avis médical).

Qu’est-ce que ce test va changer pour les patients?

Ce test est non invasif, contrairement à l’amniocentèse, qui donne également des résultats précis, mais peut induire des fausses couches ou d’autres complications (ndlr: l’amniocentèse consiste à prélever une petite quantité de liquide amniotique dans lequel évolue le fœtus et à en analyser les chromosomes).

La Société suisse de gynécologie et obstétrique ainsi que la faîtière des assureurs Santésuisse sont favorables à la prise en charge du Praenatest par l’assurance de base, si son efficacité est démontrée.

Je suis également de cet avis. Ce test coûtera possiblement moins qu’une amniocentèse.

Des associations de défense des droits des handicapés et des éthiciens craignent une augmentation de la pression sociale en faveur de l’avortement. Que vous inspire ce débat?

Je considère comme peu éthique, précisément, le fait de ne pas vouloir laisser l’autonomie et cette responsabilité aux futurs parents – mais il est important qu’ils soient bien conseillés par leur médecin. Une telle décision est par ailleurs difficile et personnelle. Je ne crois pas aux abus. Enfin, les craintes selon lesquelles les parents qui refusent d’avorter devront se justifier me semblent infondées. Les personnes qui choisissent d’accueillir un enfant trisomique sont bien acceptées dans notre société aujourd’hui, et cela ne devrait pas changer à l’avenir.