Services postaux

La Poste: en attendant Roberto Cirillo

L’entreprise clôt une année tourmentée, marquée par le scandale CarPostal. Nommé en novembre, le nouveau directeur, qui entrera en fonction en avril, reste un mystère pour beaucoup

Clore un chapitre (douloureux) avant d’en ouvrir un autre: c’est ainsi que le président du conseil d’administration de La Poste, Urs Schwaller, justifie le fait que le nouveau directeur du groupe jaune, Roberto Cirillo, reste un mystère jusqu’à son entrée en fonction le 1er avril. Sa nomination a été annoncée par un simple communiqué de presse le 22 novembre. Celui-ci était accompagné d’une photo et d’un bref curriculum vitae. Et c’est tout. Jeudi, Roberto Cirillo n’était pas présent au traditionnel apéritif de fin d’année organisé dans un café bernois par La Poste. Il restera un fantôme pendant quelques mois encore. Roberto Cirillo est en quelque sorte le Godot de La Poste…

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«Je sais que cette nomination en a surpris plus d’un. Les médias ont relevé qu’il était un inconnu. J’en prends acte. Mais je suis convaincu de la justesse de ce choix. Il partira d’une feuille blanche en avril. Jusqu’à cette date, j’ai un CEO ad interim, Ulrich Hurni, qui connaît tout de l’entreprise. Je n’en veux pas deux en même temps. Cela permettra à Roberto Cirillo de se préparer au mieux à sa prise de fonction», explique Urs Schwaller.

La Poste, un sujet toujours sensible

Jusqu’à l’arrivée du nouveau directeur, Urs Schwaller espère régler un maximum de problèmes. L’année 2018 a été particulièrement agitée. En février, le scandale des indemnités perçues de manière illicite par CarPostal a éclaté. Le directeur, Daniel Landolf, a été remercié. L’ensemble de la direction de la filiale a été remplacé. Le nouveau patron, Christian Plüss, est entré en fonction le 1er novembre. La directrice générale du groupe, Susanne Ruoff, a démissionné en juin. Le remboursement des subventions controversées a fait l’objet d’une convention entre l’entreprise, l’Office fédéral des transports (OFT), les cantons et les communes. Au total, 208,2 millions seront ristournés aux collectivités publiques. Urs Schwaller espère encore régler rapidement la cession des activités de CarPostal France. Tout cela doit se faire sous la responsabilité d’Ulrich Hurni, qui était le suppléant de Susanne Ruoff et dirige en parallèle l’unité d’affaires PostMail.

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Le scandale de CarPostal a été très médiatisé en 2018. Environ 19 000 articles ont parlé de La Poste cette année, dont 3500 en février. Et 43% concernaient CarPostal, détaille Urs Schwaller. C’est un record. Mais les médias s’intéressent en permanence à l’entreprise: en 2016, 16 000 écrits lui avaient été consacrés. Ils portaient en majorité sur un autre sujet sensible: l’avenir du réseau postal. Les enjeux sont si délicats que, sous la pression du parlement, le Conseil fédéral vient de modifier l’ordonnance d’accès aux prestations de La Poste. Dès le 1er janvier, l’entreprise devra garantir l’accessibilité de ses services à 90% de la population dans chaque canton et non plus chaque région. Dans les zones urbaines, il devra y avoir au moins un office de poste ou une agence pour 15 000 habitants ou emplois. Et chaque citoyen devra pouvoir accéder aux prestations postales et de paiement en 20 minutes à pied.

Quelle sensibilité pour le service public?

C’est dans ce contexte très politisé que Roberto Cirillo, Italo-Suisse de 47 ans, entrera en fonction. Or, son CV ne comprend aucune expérience du service public: études en génie mécanique à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, formation en management à la Columbia Business School à New York, McKinsey à Zurich et Amsterdam, direction du groupe français de services Sodexo, Optegra Eye Health Care en Grande-Bretagne et enfin conseil d’administration de Croda International à Londres. «Il a un pur profil d’économie privée. Cela nous a choqués. Nous nous interrogeons sur sa sensibilité pour le service public. C’est une grosse préoccupation. Mais nous ne le connaissons pas», relève le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE), qui siège à la Commission des transports et télécommunications.

«Il va vous surprendre», promet Urs Schwaller, qui souligne que Roberto Cirillo «ne vient pas de nulle part. Il est originaire du Tessin.» Il met en avant d’autres atouts: le nouveau directeur parle l’allemand, le français, l’italien, l’espagnol et l’anglais. Sodexo emploie 40 000 personnes, La Poste Suisse 60 000. Il a donc l’expérience d’un grand groupe. Il devra aussi s’accommoder, parce que le Conseil fédéral l’a voulu ainsi, d’un salaire inférieur à celui de Susanne Ruoff: 540 000 francs fixes au lieu de 610 000 et un plafond limité à 1 million de francs avec la part variable et la caisse de pension. Il n’est pas impossible que cette nouvelle règle ait dissuadé quelques candidats potentiels à un poste qui restera, médiatiquement et politiquement, très exposé.

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