Turbulences

La Poste clôt son «annus horribilis» en baisse

Au terme d’une année 2018 compliquée, marquée par l’affaire CarPostal et la faiblesse des taux d’intérêt, La Poste veut renégocier le dividende versé à la Confédération

La Poste aura vécu en 2018 son «annus horribilis», marquée par l’affaire CarPostal mais aussi par l’évolution défavorable des taux d’intérêt qui pèse sur le résultat de PostFinance. Le groupe clôt ainsi l’exercice avec des résultats globaux en baisse, ce qui était évidemment attendu. Le bénéfice consolidé ne dépasse pas 405 millions, soit 122 de moins qu’en 2017, alors que le résultat d’exploitation s’établit à 501 millions, en recul de 217 millions par rapport à l’année précédente.

Le conseil d’administration proposera lors de l’assemblée générale du 16 avril de verser un dividende de 200 millions de francs à la Confédération. Toutefois, prévient son président, Urs Schwaller, «nous allons discuter avec la Confédération d’une diminution de ce dividende pour les années suivantes. Nous allons le faire d’ici à l’été, avant que le Conseil fédéral ne boucle son budget pour 2020.»

Si La Poste pense avoir refermé le chapitre CarPostal, la situation de PostFinance, elle, reste fragile. La diminution de son résultat d’exploitation – 220 millions au lieu de 549 en 2017 – est en bonne partie due à l’évolution négative des produits d’intérêt provoquée par les mauvaises conditions du marché, qui ont pesé sur les intérêts. Des mesures d’économies ont été prises. PostFinance a notamment prévu de supprimer 500 emplois d’ici à la fin de l’année prochaine. La filiale financière mise aussi sur la numérisation pour diminuer ses coûts d’exploitation.

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L’espoir des crédits et des hypothèques

Surtout, elle compte sur le feu vert de principe donné par le Conseil fédéral en novembre dernier à propos de l’octroi de crédits et d’hypothèques. Un projet est en préparation, qui sera mis en consultation dans le courant de l’année. Celui-ci proposera aussi d’ouvrir l’actionnariat de PostFinance. Pour Urs Schwaller, ce desserrement du corset réglementaire dans lequel évolue PostFinance est nécessaire pour la constitution des fonds propres et le financement du service universel du groupe. Mais la consultation s’annonce difficile, car ce projet sera pris entre deux feux contraires. D’un côté, les acteurs du marché ne voient pas forcément d’un bon œil un nouveau concurrent se lancer dans l’octroi de crédits et d’hypothèques. De l’autre, les tenants purs et durs du service public rejettent toute idée de privatisation partielle.

En 2019, La Poste aimerait ne plus avoir à se préoccuper de CarPostal, son cauchemar de l’année écoulée. Certes, l’enquête pénale ouverte par la police fédérale (Fedpol) est en cours et elle semble loin d’être close. Mais La Poste a pris les mesures qu’elle pouvait et devait prendre. L’ensemble de la direction de la filiale a été changé. La directrice générale du groupe, Susanne Ruoff, a quitté l’entreprise en juin et le numéro deux, Ulrich Hurni, assure l’intérim jusqu’à l’arrivée, le 1er avril, du nouveau CEO, Roberto Cirillo, qui sera présenté au public et aux médias le 3 avril.

Pas de hausse des tarifs en 2020

La structure mise en place pour «officialiser» les opérations comptables litigieuses, nommée Impresa, a été dissoute avec effet rétroactif au 1er janvier 2019. Les montants perçus en trop par CarPostal depuis dix ans ont été remboursés aux cantons, aux communes et à la Confédération. Cela représente 208 millions en tout, dont 41 grèvent les comptes 2018, tout comme les 7 millions versés, dans le cadre d’un règlement extra-judiciaire, aux concurrents de CarPostal France qui accusaient la filiale d’outre-Jura de dumping. Celle-ci a d’ailleurs été mise en vente. Globalement, CarPostal affiche un résultat négatif de 58 millions, en recul de 77 millions par rapport à 2017. Une fois n’est pas coutume, La Poste consacre une page entière de son rapport d’activité 2018 à cette affaire.

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Les autres segments du groupe se portent mieux, insiste Urs Schwaller. Tous sont bénéficiaires, à l’exception de la branche RéseauPostal, dont le déficit (-94 millions) est cependant moins important que l’année précédente (-159 millions). Malgré la poursuite du recul du courrier distribué (-5,2%), PostMail dégage un excédent de 388 millions, en hausse de 18 millions. Il n’est pas question pour l’instant de relever le prix des lettres, inchangé depuis 2004. Ce ne sera pas pour 2020, promet le directeur général ad interim, Ulrich Hurni.

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