La Poste fait marche arrière. Confronté aux fortes réactions politiques et syndicales qu'a provoquées son plan de restructuration REMA (pour Reengineering Mailprocessing), son patron, Ulrich Gygi, se dit prêt à examiner des variantes moins centralisatrices. La Poste confirme son intention de fermer, entre 2006 et 2008, l'essentiel des dix-huit centres de tri du courrier qu'elle gère aujourd'hui et qui sont dispersés sur l'ensemble du territoire. Centralisation et modernisation il y aura. Et les trois nouvelles unités dont l'implantation est prévue dans les régions de Fribourg, Langenthal/Aarau et Zurich verront le jour. Le nombre de centres pourrait cependant être supérieur à trois. La Poste présente deux nouvelles variantes et répond ainsi au vœu émis par son ministre de tutelle, Moritz Leuenberger.

Selon une première variante, les trois mammouths ultramodernes pourraient être complétés par «un nombre réduit de plus petites structures régionales». Cette option tient compte de la composante régionale. Alors que La Poste trie actuellement le courrier à Bâle, à Bellinzone, à Coire ou encore à Sion, la réforme REMA ne prévoyait pas de maintenir d'opérations de ce genre dans les régions périphériques. De petites unités de préparation de la distribution du courrier pourraient cependant être conservées dans les régions les plus touchées par la réforme. Où? «Nous pourrions garder quelque chose à Bâle ou à Genève, par exemple. Mais nous ne maintiendrons pas dix-huit centres de tri», explique Ulrich Gygi, qui reste persuadé que la solution concentrée sur trois unités est la meilleure. Dans une seconde variante, le nombre de centres serait porté à cinq. Les deux emplacements retenus en sus se situeraient dans les régions de Lausanne et de Winterthour/Wil. Selon ce second schéma, la concentration sur l'axe du Plateau serait confirmée, mais étalée sur une distance plus grande.

Cette nouvelle proposition intervient après les discussions que La Poste a menées au début de la semaine avec le Syndicat de la communication et le syndicat transfair. En échange d'un réexamen du projet REMA, les associations d'employés ont proposé de suspendre jusqu'au 26 novembre les mesures de combat qui avaient été envisagées. Il n'y aura donc pas de grèves avant cette date, pour autant, bien sûr, que le personnel suive les recommandations des syndicats. Au-delà du 26 novembre, tout reste ouvert. «C'est un cessez-le-feu, pas une paix définitive», avertit le secrétaire central du Syndicat de la communication, Christian Levrat. Il se trouvait mercredi à Bienne, où les employés du centre régional ont voté la grève à la quasi-unanimité. Celle-ci ne sera cependant déclenchée que si les syndicats n'ont pas obtenu satisfaction jusqu'au 26. «Il faut donner une chance à la négociation», plaide Christian Levrat.

Il ne se montre guère emballé par la variante comprenant cinq centres. «Elle ne résout pas le problème de la migration du personnel, sauf pour les employés qui travaillent à Lausanne et à Saint-Gall. Mais que feront ceux de Genève, de Bâle et du Tessin?» s'interroge-t-il. Quant à l'autre solution, elle lui semble plus intéressante. «Nous voulons cependant des précisions. Cette nouvelle proposition n'est vieille que de quelques jours et ne repose encore sur aucune analyse sérieuse», tempère-t-il. Il attend des informations complémentaires avant la date butoir du 26 novembre.

Le pas en arrière effectué par La Poste a un coût. Le plan REMA devait dégager une économie de 200 millions et les investissements prévus dans les centres flambant neufs étaient estimés à 1,5 milliard. La solution à cinq centres n'«entraîne pas une différence de coûts significative, mais elle n'est pas suffisamment flexible», juge Ulrich Gygi. Quant à l'autre variante, tout dépendra du nombre d'antennes régionales qui seront maintenues. A ce propos, le patron de La Poste n'exclut pas de demander un éventuel soutien financier à la Confédération, ce qui relance la discussion à la fois sur le mandat de prestations et sur la possible indemnisation de l'entreprise par la collectivité.