Avec 67,6% de non et l’opposition de tous les cantons, l’initiative «En faveur du service public» déçoit celles et ceux qui l’ont portée. Les premiers sondages avaient fait naître quelques espoirs fous, une majorité populaire semblant à portée de main pour un texte constitutionnel qu’aucun parlementaire n’avait soutenu. Ils déchantent.

«Les premiers sondages nous avaient surpris», relève Matteo Cheda, rédacteur en chef de Spendere Meglio, l’un des quatre magazines de consommateurs à l’origine de ce projet. «Ils ont provoqué un électrochoc», enchaîne sa consœur Zeynep Ersan Berdoz, directrice de Bon à savoir. L’échec est d’autant plus douloureux. «Nous avons trop pensé à la perfection juridique de notre article constitutionnel et pas assez à la campagne. Nous n’avions pas imaginé la manière dont nos adversaires allaient retourner ce texte à leur avantage. Ils ont mis l’accent sur le fait qu’il y aurait moins d’argent dans la caisse fédérale et laissé de côté ce que cela rapporterait aux entreprises publiques», regrette Matteo Cheda.

La netteté du rejet s’explique par la marge d’interprétation de l’article constitutionnel sur trois points: subventionnements internes, utilisation des bénéfices et, surtout, étendue de la clause interdisant aux «collaborateurs» de La Poste, des CFF et de Swisscom d’être mieux rémunérés que ceux de l’administration fédérale. «Notre discours a toujours été clair: nous visions les dirigeants. Et la jurisprudence indique bien que ce sont les propos tenus par les initiants qui font foi», réaffirme Zeynep Ersan Berdoz.

La question des salaires n’est pas écartée

Mais le doute a nui à l’initiative. C’est l’avis de la conseillère fédérale Doris Leuthard: «Elle promettait plus de service public mais conduisait à son démantèlement. En rejetant l’initiative, le peuple a fait preuve de maturité politique», commente-t-elle.

Néanmoins, la campagne a laissé transparaître un certain mécontentement vis-à-vis à de la réorganisation du réseau postal, des CFF, de Swisscom et des salaires de leurs managers. Les socialistes Corrado Pardini et Cédric Wermuth interviendront dès ce lundi au parlement au sujet de ces revenus, dont certains dépassent le million. Doris Leuthard promet que la question sera abordée par le Conseil fédéral dans sa stratégie de rémunération des cadres.

Quant aux critiques sur les prestations de service public, «les entreprises doivent les prendre au sérieux», ajoute Doris Leuthard. Nouveau président du conseil d’administration de La Poste, Urs Schwaller entend, à titre personnel, le message. «Le résultat est un vote de confiance envers les trois ex-régies fédérales. Mais nous allons analyser de près ce qui nous a été reproché ces dernières semaines. Nous ne pouvons pas revenir à La Poste des années 70. Nous devons continuer à adapter nos structures à la concurrence. Mais nous devons mieux expliquer ce que nous faisons et où nous voulons aller», analyse-t-il. Et les salaires? «C’est à la politique de se déterminer», répond-il.

Zeynep Ersan Berdoz est ravie d’entendre que l’initiative laissera des traces: «Ce sont des promesses. Si elles se traduisent en actes, ce sera très bien. Nous allons suivre cela de près. Si rien ne bouge, nous réfléchirons au lancement d’une nouvelle action.»


Lire aussi :