La transformation du réseau postal touche désormais les villes. Entre 2000 et 2016, 1628 offices sur un total de 3075 ont été fermés, prioritairement des postes de village de moins en moins fréquentées. Durant la même période, le nombre d’agences postales installées dans des commerces ou des administrations est passé de 169 à 747 alors que le service de livraison à domicile touche aujourd’hui 1303 localités contre 228 il y a seize ans.

Les villes sont aussi concernées. Le mois dernier, La Poste s’est enorgueillie d’ouvrir «le plus grand office de poste de Suisse» à côté de la gare de Berne. Le nouveau PostParc, qui offre 18 guichets, a ouvert ses portes à l’emplacement de l’ancienne Schanzenpost. En contrepartie, l’entreprise a fermé deux autres sites, dont celui situé au coin de la Place fédérale. A Neuchâtel, la perspective de la fermeture de quatre offices de quartier a mobilisé un comité citoyen et une pétition sera déposée auprès des autorités communales.

3500 points d’accès

La restructuration du réseau de vente a été l’un des points forts de la conférence de presse bilan de La Poste, jeudi. Ce secteur a bouclé l’exercice 2015 sur un déficit de 110 millions, qui fait suite à une perte de 100 millions l’année précédente. «C’est un gigantesque défi. Nous n’avons plus assez de clients et ne pouvons pas attendre que le déficit se creuse davantage. Nous n’avons pas pour mission d’offrir des points de rencontre sociaux dans les villages. Notre programme de transformation des offices en agences va se poursuivre», argumente le président du conseil d’administration, Peter Hasler.

Ce sont nos clients qui changent leurs habitudes et fixent le rythme du changement. Nous voulons être là où ils sont présents.

Il insiste sur un point: ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’offices postaux, mais les points d’accès pour les clients. «Nous en proposons toujours 3500. Nous ne voulons pas diminuer ce nombre, nous souhaitons au contraire le développer. La Poste n’a pas elle-même voulu cette transformation. Ce sont nos clients qui changent leurs habitudes et fixent le rythme du changement. Nous voulons être là où ils sont présents», complète la directrice, Susanne Ruoff. Elle ajoute à la liste des 3500 points d’accès 43 filiales PostFinance, 2395 point de retrait des paquets PickPost, 57 automates à colis My Post 24, 995 Postomat et 58 lieux de conseil externes.

«De fortes réactions»

Toujours plus d’agences et de services à domicile mais moins d’offices propres à l’entreprise. La tendance va se poursuivre. Elle fait grincer des dents les syndicats. «L’épicerie, le kiosque ou la pharmacie jouent désormais au facteur. Mais la gamme de prestations n’est plus la même, ce qui provoque de fortes réactions», fait remarquer Syndicom dans une prise de position publiée en février. Jeudi, le syndicat a réagi en s’inquiétant des conséquences de la transformation en cours pour le personnel. «L’an dernier, 550 postes à plein temps ont été supprimés», souligne-t-il en protestant contre l’augmentation des salaires des cadres.

Des interventions ont été déposées au parlement pour tenter de ralentir la cadence. Sans succès. En décembre, une initiative parlementaire de l’ancien conseiller national Eric Voruz (PS/VD) demandant un droit de veto pour les communes concernées par la fermeture de leur poste a échoué au Conseil national. «Cela aurait été une catastrophe si elle avait été acceptée. Nos déficits exploseraient», commente Peter Hasler.

«Une initiative dangereuse»

Néanmoins, la fermeture des offices postaux a quelque chose d’émotionnel dans la population et pourrait envoyer à celle-ci un mauvais message à trois mois de la votation sur l’initiative populaire «Pour le service public». Rejetée à l’unanimité des deux Chambres, celle-ci veut interdire à La Poste (aux CFF et à Swisscom) de verser une part de ses bénéfices – 200 millions en 2015 – à la Confédération et plafonner les salaires. «Cette initiative renvoie La Poste dans d’administration fédérale et, par conséquent, au moyen âge. Elle prétend défendre le service public mais le met en réalité en danger», avertit Peter Hasler.

Selon lui, elle compromettrait le financement du service universel au lieu de le renforcer. Sur ce plan, La Poste souhaite conserver le monopole résiduel sur les lettres de moins de 50 grammes. Un rapport du Conseil fédéral publié en septembre 2015 plaide lui aussi pour le maintien de ce monopole. Mais c’est le parlement qui aura le dernier mot. Il devrait en débattre en fin d’année. Ce sera aussi l’occasion d’aborder la question des tarifs. Un accord valable jusqu’en avril les laisse inchangés. La suite est ouverte.

«Le conseil d’administration n’accepte pas que le courrier privé soit déficitaire. Il appartient à la direction de faire des propositions pour résoudre le problème. L’adaptation des tarifs est une possibilité, la réduction des coûts en est une autre», note Peter Hasler, qui remet son mandat à son successeur Urs Schwaller à l’assemblée générale du 26 avril.