La Poste passe à l’offensive. Son propriétaire, en l’occurrence le Conseil fédéral, doit redéfinir cette année ses objectifs stratégiques pour la période 2021-2024. Le conseil d’administration et la nouvelle direction, placée sous la responsabilité du Tessinois Roberto Cirillo depuis avril 2019, ne veulent pas assister à cette opération en spectateurs. Ils y travaillent d’arrache-pied et présenteront leur vision de l’avenir au Conseil fédéral ce printemps, ainsi qu’aux Commissions des transports et télécommunications du parlement.

Dans sa stratégie future, dont les détails seront rendus publics plus tard, La Poste compte se positionner comme l’«épine dorsale» de la logistique et du commerce numérique en Suisse. Ce sont d’ailleurs ses deux secteurs les plus profitables, comme le montrent les résultats 2019 du groupe, publiés jeudi lors d’une conférence de presse organisée selon le mode de la «distanciation sociale» – les journalistes étaient placés à 2 mètres les uns des autres – et diffusée simultanément sur internet. Globalement, La Poste a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 7,164 milliards de francs, en recul de 90 millions. Le bénéfice consolidé a régressé de 149 millions, passant de 404 à 255 millions. Le résultat d’exploitation (EBIT) s’est élevé à 450 millions, en baisse de 55 millions.

Un dividende en baisse

Par segment, les recettes générées par la distribution du courrier et les opérations au guichet sont en diminution, sans oublier le poids que pèsent les taux négatifs sur les comptes de PostFinance. En revanche, les secteurs de la logistique (distribution des colis) et du numérique enregistrent une hausse de rentrées financières. Le résultat d’exploitation du secteur des paquets est cependant négatif à cause, notamment, des coûts (20 millions) occasionnés par l’attaque à main armée commise contre un fourgon près de Daillens. Le boom des colis oblige La Poste à investir dans la construction de nouveaux centres de tri régionaux, dont un ouvrira ses portes cette année à Vétroz (VS). CarPostal enregistre un résultat d’exploitation négatif de 24 millions en raison d’une dépréciation d’actifs et une perte de 19 millions dans le cadre de la vente de sa filiale française au groupe Keolis.

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Le conseil d’administration propose de verser à la Confédération un dividende de 50 millions, contre 200 millions ces dernières années. Cette question controversée sera discutée lors de l’assemblée générale de printemps, prévoit le président du conseil d’administration, Urs Schwaller. La Poste veut en faire un élément du débat à venir. Roberto Cirillo considère que le «véritable dividende de l’activité économique de La Poste est la fourniture d’un service public de qualité à l’ensemble de la population et des entreprises du pays». Il rappelle que La Poste paie aussi 240 millions de francs en taxes et en impôts.

Les cautèles politiques

Or, le financement du service universel sera l’un des enjeux de la nouvelle législature. La Poste respectera son mandat, qui l’oblige à offrir des services de distribution et de paiement à l’ensemble de la population. Elle veut le financer par ses propres moyens. Pour cela, elle a besoin d’une filiale financière saine. Elle reviendra à la charge pour que PostFinance obtienne le droit de vendre des crédits et des hypothèques. «L’interdiction d’octroyer des crédits doit être levée», plaide son directeur, Hansruedi Köng. Dans le débat politique à venir, La Poste souhaite surtout se débarrasser des cautèles que cherche à lui imposer le parlement. Celui-ci a voté en 2018 une motion et une initiative qui définissent des règles de distribution du courrier et accordent un droit de regard communal sur les décisions de fermeture d’offices.

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Or, La Poste souhaite disposer de la liberté entrepreneuriale la plus large possible. A propos des points d’accès, les statistiques 2019 montrent qu’il y en a désormais 4753, soit 553 de plus qu’en 2016. Mais le nombre d’offices postaux a reculé de 1320 à 981. En parallèle, le contingent des agences gérées en partenariat a augmenté de 850 à 1136 et celui des distributeurs automatiques de colis et de points de dépôt pour la clientèle commerciale a progressé de 320 à 861 unités. «La Poste considère chaque rayon vide d’une succursale Migros comme un point d’accès», critique le syndicat Syndicom. Le service à domicile reste stable: 1775 zones sont desservies par ce canal-là. Roberto Cirillo précise que cette prestation est davantage sollicitée depuis l’éclatement de la crise du coronavirus. Et cinq agences ont été fermées à titre sanitaire préventif, dont quatre au Tessin.