La réponse du berger à la bergère ne se sera pas fait attendre. La Poste a réagi rapidement aux actions de blocages, menées dans la nuit de mercredi par le Syndicat de la communication dans quatre centres de distribution du pays. L'opérateur a saisi la commission paritaire de conciliation pour dénoncer le comportement du syndicat. Il s'est simultanément dit ouvert au dialogue et prêt à négocier l'adaptation de la CCT aux conditions des différentes branches d'activité. Au lendemain de son action coup de poing, le Syndicat de la communication se retrouvait très seul. Le sursaut politique qu'il attendait a bien eu lieu, mais pas sous la forme escomptée. La plupart des partis gouvernementaux et même le ministre de la Communication, Moritz Leuenberger, ont condamné ses actions de lutte.

En passant à l'acte, le Syndicat de la communication a franchi la limite de tolérance de La Poste. Selon cette dernière, en prenant en otage les bases de distribution de colis de Daillens (VD), Härkingen (SO), Frauenfeld (TG) et le centre de courrier de Bellinzone (TI) dans la nuit de mercredi à jeudi, le syndicat a enfreint l'obligation de maintien de la paix du travail fixée par les partenaires sociaux dans la convention collective de travail (CCT). C'est sur la base de ce constat que l'ex-régie fédérale déposera dans dix jours une plainte auprès de la commission paritaire de conciliation. Les deux parties pourront chacune prendre position.

Par cette procédure paritaire, que son adversaire a refusé de suivre, La Poste exige que le comportement du Syndicat de la Communication soit examiné sous l'aspect du maintien de la paix du travail. Elle demande en outre à la commission que le syndicat s'engage à s'abstenir de toute action conformément à la CCT en vigueur.

La lutte du Syndicat de la communication est donc en train de virer à l'aigre. Largement soutenue lors de la restructuration des centres de tri postaux, la délégation emmenée par Christian Levrat se retrouve plus isolée que jamais sur ce dossier. Seul le parti socialiste a décidé de se ranger à ses côtés. Les autres formations gouvernementales, et Moritz Leuenberger lui-même, ont désavoué les actions de blocage du 25 novembre. Ils dénoncent tous la procédure belliqueuse choisie par le syndicat pour arriver à ses fins. Pour faire bonne figure, le Syndicat de la communication a malgré tout trouvé une nouvelle arme dans son arsenal de lutte. Les avocats du groupement sont actuellement en train d'examiner la possibilité de recourir auprès du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC). Si le syndicat ne conteste pas le droit de La Poste à externaliser certaines filiales, il remet en cause celui qui consiste à évincer les employés de sa CCT. Cette thématique juridique préoccupe aussi Transfair, l'autre syndicat lié à La Poste. Celui-ci a déposé jeudi une plainte auprès du même organe de conciliation que l'ex-régie fédérale.

200 manifestants

Si les syndicalistes tiraient jeudi matin un bilan positif de leur lutte nocturne, les faits ne leur donnaient qu'en partie raison. La mobilisation s'est limitée à près de 200 manifestants répartis sur quatre sites. L'action a de plus été écourtée, et c'est à 4h30 au lieu de 8h00 que militants et employés ont battu en retraite. La direction du Syndicat de la communication a fait remarqué que son action ne visait pas les clients. C'est d'ailleurs pour cette raison que les manifestants ont agi de nuit et dans des lieux stratégiques, afin de limiter les perturbations. La Poste Suisse est parvenue à redresser le tir et 95% des colis bloqués dans les bases ont pu être distribués dans les délais. A Bellinzone, des journaux et des lettres n'ont pas été glissés dans les boîtes aux lettres à l'heure prévue. Les employés qui se sont joints aux militants ne devraient, pour l'instant, pas être trop sévèrement punis, mais les récidivistes s'exposent par contre à des sanctions plus musclées, des retenues salariales par exemple.

La suite, mais sûrement pas la fin, de ce roman syndical devrait s'écrire aujourd'hui. Réunis lors d'une conférence, les militants décideront de la marche à suivre. Leur verve vindicative pourrait pourtant redescendre d'un cran après la réaction de La Poste.