La Poste lâche encore un peu de lest. Après les 1300 employés de Car Postal SA, c'est au tour des 5500 collaborateurs du service logistique de passer en mains d'une société fille de La Poste. Soit près de 10% de l'effectif de l'ex-régie.

Dès le 1er janvier 2007, les colis, les exprès, ainsi que la logistique des marchandises seront regroupés au sein de la société PostLogistics SA. Le Syndicat de la communication dénonce la première tentative de privatisation d'un service universel.

«L'externalisation de CarPostal SA ne saurait servir de précédent. Dans le cas des colis, La Poste touche au service universel, c'est-à-dire aux prestations qu'elle a le devoir d'assurer», souligne Christian Levrat, président du Syndicat de la communication. Pour vérifier la légalité de la manœuvre, les syndicats ont demandé un avis de droit à l'Office fédéral de la Justice (OFJ). L'expertise devrait être publiée à fin mars.

«C'est tout de même très négligent de la part de l'ex-régie d'avoir annoncé l'externalisation de ses services sans s'être assurée que c'était juridiquement possible», s'étonne Christian Levrat. «La Poste respecte les lois et elle a donné son aval à cet avis de droit, rétorque son porte-parole Laurent Widmer. D'ailleurs, la loi sur La Poste permet à cette dernière de transférer des services à des tiers», renchérit-t-il.

«Ce n'est plus seulement un souci juridique, mais politique», assure néanmoins Christian Levrat. Selon ce dernier, en externalisant l'unité des colis et des exprès, un service universel, La Poste contreviendrait au mandat qui lui avait été donné lors de sa création et ce, sans l'accord du parlement. Du côté de l'ex-régie fédérale, on préfère laisser les juristes débattre de cette question.

En attendant le rapport de l'OFJ, les syndicats ont mis les pieds au mur, engageant la bataille pour garantir l'emploi des personnes qui seront externalisées en même temps que leurs unités. Sortis de la convention collective de travail (CCT) du géant jaune, les employés de la nouvelle société anonyme seront soumis à la CCT Sociétés du groupe. Sur la forme, celle-ci ne diffère pratiquement pas de la CCT Poste mais, sur le fond, elle laisse une plus grande marge de manœuvre à l'employeur. Au besoin, ce genre de contrat collectif permet aux sociétés d'adapter les conditions de travail pour être plus flexibles sur le marché. Cela avait notamment été le cas lors de la privatisation de SecurePost (transport de fonds). Davantage d'heures hebdomadaires et moins de vacances. «L'externalisation de PostLogistics ne péjorera pas les conditions de travail des employés», promet pourtant Laurent Widmer.

Ce n'est pas l'avis des syndicats. «Jusqu'à présent, nous nous sommes battus pour conserver le niveau des salaires dans les cas d'externalisation. Avec PostLogistics SA, c'est un autre combat qui s'amorce, celui qui consiste à éviter tout licenciement», annonce-t-on au Syndicat de la communication. Christian Levrat rappelle que nombre d'employés de La Poste ont travaillé dans des conditions de monopole et dans la perspective d'un emploi à vie. «La Poste doit tenir ses promesses», argue-t-il, même s'il ne se dit pas opposé aux restructurations quand elles ne péjorent pas le travail des employés. «Les CFF ou encore la Deutsche Post ont respecté ce principe quand elles se sont ouvertes au privé», illustre-t-il. Réplique du géant jaune: «Mais la CCT Poste n'a jamais garanti le travail!»

Si La Poste privatise de plus en plus – quatre services ont d'ores et déjà été externalisés, PostLogistics SA compris – c'est par souci de compétitivité. Libéralisé depuis 2004, le marché du colis serait soumis à une rude concurrence avec les entreprises privées comme DHL et DPD ou encore avec la Deutsche Post. La Poste détient encore 75% de ce marché en Suisse. «C'est suffisant», selon Peter Heiri du syndicat Transfair et Christian Levrat.

En faisant le pas vers la privatisation du service universel, le géant jaune s'ouvre un boulevard pour bientôt se délester de Postfinances. En atomisant ses structures, La Poste espère bientôt s'assurer l'autonomie financière, malgré les pertes de parts de marché dues à son ouverture progressive.

Selon son patron, Ulrich Gygi, elle pourra même verser une partie de ses bénéfices à la Confédération en 2009, une fois sa caisse de pension assainie. Et les perspectives sont enthousiasmantes. Après les 837 millions de bénéfices de 2004, La Poste annoncera la couleur pour 2005 à la mi-mars. Mais le bénéfice de l'an dernier devrait être légèrement inférieur, prédisait il y a peu Ulrich Gygi.