Le risque d'escalade dans le conflit entre le Syndicat de la communication à la direction de La Poste à propos de l'avenir de l'unité Car Postal a pu être désamorcé au moins temporairement vendredi. Au terme d'une rencontre qui avait été tenue secrète, les deux parties ont trouvé un compromis incluant la reprise des négociations dès la semaine prochaine sur des bases nouvelles et le renoncement jusqu'à nouvel ordre à de nouvelles actions de lutte syndicales.

Cet accord minimal a été célébré des deux côtés comme une victoire. «Ce n'est pas encore la paix des braves, mais une sorte d'armistice», commentait le président du Syndicat de la communication, Christian Levrat (PS/FR).

Aucun des deux camps n'a semble-t-il lâché de concessions véritables sur le fond. Mais du côté syndical, on se félicitait d'un changement de ton. Les dirigeants de La Poste se seraient montrés «étonnamment constructifs». «Ils ont accepté d'entrer en matière sur une base de discussion que nous proposions en vain depuis six mois», précise Christian Levrat.

Les syndicats ont obtenu en particulier de pouvoir discuter d'un modèle comparable à celui en vigueur chez Swisscom concernant les conventions collectives de travail (CCT). Les différentes filiales du groupe sont soumises fondamentalement à une seule et même CCT, ce tronc commun pouvant être complété par des accords additionnels, de portée plus limitée, propres à chaque filiale. La direction de La Poste souhaitait elle jusqu'ici pouvoir soumettre l'unité Car Postal à une CCT particulière (aux conditions moins favorables), après avoir filialisé ce secteur.

A La Poste, on confirme ne plus vouloir poursuivre ce modèle à tout prix. «Nous sommes ouverts à d'autres solutions permettant d'arriver aux mêmes buts», précise le géant jaune. L'objectif reste lui inchangé: réduire les coûts d'environ 10% à partir de fin 2006 et «obtenir davantage de flexibilité» dans les différentes branches d'activité. Les solutions pourraient être trouvées dans le cadre de la renégociation de la CCT l'an prochain, précise François Tissot-Daguette, porte-parole de l'entreprise.

Du côté syndical, on estime que l'«inflexion» des dirigeants de La Poste est le fruit des actions de blocage de divers centres de tri auxquelles se sont livrés quelque 230 militants syndicaux dans la nuit de mercredi à jeudi. «C'est la première fois que nous passions véritablement à l'action. La Poste a d'abord cru que nous bluffions», estime une source syndicale. Si l'on souhaite désormais laisser une «énième chance au dialogue», les «préparatifs» pour pouvoir déclencher au besoin de nouvelles actions de lutte se poursuivraient toutefois en parallèle.

Divers observateurs estiment à l'inverse que le «compromis» de vendredi fournit surtout une «porte de sortie honorable» au Syndicat de la communication. Il lui permet de sortir de la logique d'escalade, audacieuse voire franchement téméraire, dans laquelle il s'était engouffré ces dernières semaines, en menaçant à plusieurs reprises de recourir jusqu'à la grève si nécessaire.

Stratégie risquée

Or cette stratégie est extrêmement risquée. «Même parmi les gens attachés au service public, on n'aurait pas compris que les actions syndicales conduisent à des inconvénients majeurs pour les usagers dans ce contexte», croit savoir un bon connaisseur du dossier postal. Et La Poste risquerait de perdre une partie de sa clientèle commerciale – qui lui assure l'essentiel de ses revenus. Comme le résume une source dans l'administration, «une grève à La Poste serait d'abord un formidable cadeau pour Jean-Noël Rey», le conseiller national socialiste, patron d'un des principaux concurrents de La Poste dans le domaine des colis.

Le soin que le Syndicat de la communication a mis pour que son action de blocage ne perturbe pratiquement pas le trafic postal montre qu'il est parfaitement conscient de la situation. «Des mesures touchant les usagers ne nous rendraient guère populaires», admet Christian Levrat. Accessoirement, elles provoqueraient d'importants tiraillements au Parti socialiste.