Après les turbulences qui ont accompagné le départ de l’ancien président du conseil d’administration Claude Béglé, le calme est revenu à La Poste. Et les bonnes nouvelles sont toujours au rendez-vous, malgré les annonces alarmistes régulières, puisque La Poste a pu annoncer mercredi un bénéfice consolidé, qualifié de «très réjouissant», de 728 millions de francs, en recul de 12% seulement dans un environnement économique très difficile.

Après le style Béglé, qui n’hésitait pas à bousculer son entourage, celui de Peter Hasler, qui a pris ses fonctions le 20 janvier dernier, est plus conforme aux habitudes feutrées helvétiques. «La crise à La Poste? Il y a eu quelques déclarations qui ont créé de la confusion, mais l’entreprise a travaillé comme elle le doit», assurait le nouveau président.

D’ailleurs, le chiffre d’affaires de La Poste n’a reculé que de 3% pour s’établir à 8,7 milliards de francs. Crise économique, mais aussi refus par Monsieur Prix de l’adaptation des tarifs des paquets et absence de ventes immobilières comme en 2008 expliquent la différence.

Mais les défis restent les mêmes: la suppression du monopole d’ici à 2013, le financement du service universel, le développement à l’étranger. Avec toujours en arrière-plan la menace de conflits sociaux en raison des restructurations «tueuses d’emplois», selon les syndicats.

Dès lors, s’il y a changement de style, il n’y aura pas de changement de stratégie. Même si le développement à l’étranger dont on a fait grief à Claude Béglé a pu susciter des discussions. «La Poste a toujours su ce qu’elle voulait à l’étranger. La stratégie de l’entreprise fait partie d’un document approuvé par le Conseil fédéral auquel La Poste doit se conformer», a assuré Peter Hasler.

Même si cela signifie davantage de risques, La Poste, qui réalise 20% de son chiffre d’affaire à l’extérieur de nos frontières, veut être en mesure de suivre à l’étranger des entreprises suisses par le biais de rachats, mesurés, d’entreprises de taille modeste.

Une condition imposée par le Conseil fédéral est de parvenir à équilibrer financièrement tous les secteurs d’activités. La question du service public universel, de la desserte de toutes les régions du pays, se posera donc dans le cadre de la révision complète de la législation postale que vont entamer les Chambres fédérales cette année. Peter Hasler veut obtenir la plus grande liberté possible pour adapter l’entreprise à un marché en profonde évolution.

Dans le collimateur de Peter Hasler, la distribution des journaux, largement déficitaire et pour laquelle il veut trouver une solution. Sans doute politique. Son directeur général, Jürg Bücher, qui garde aussi la casquette de chef de PostFinance, risque fort de se heurter à une forte résistance syndicale dans son projet d’adapter les capacités d’exploitation, notamment par une diminution des effectifs, à la baisse du volume des lettres, par exemple. Et par une restructuration du réseau postal, les petits offices étant remplacés par des agences.

Le projet de La Poste d’introduire de nouvelles machines à trier le courrier, qui entraîneraient la suppression de 3400 emplois, suscite des réactions indignées des syndicats. Alain Carrupt, président central du Syndicat de la communication, estime qu’avec un bénéfice de 728 millions La Poste n’a aucune raison de procéder «à une restructuration tueuse d’emplois». Le syndicat demande que le financement du service public, l’exploitation du réseau postal, soit assuré par les recettes des branches bénéficiaires, comme de PostFinance.

Le président du Syndicat de la communication ne manque pas de relever que les perspectives très sombres de Claude Béglé, une chute de 20% du bénéfice cette année (12% en réalité), ou de 30% du courrier d’ici à 2030 sont loin de se réaliser.

Ce sera au politique de trancher, puisque les syndicats et la gauche ont lancé une initiative «pour une poste forte» qui prévoit notamment un financement du réseau postal sur tout le territoire par le biais d’une «banque postale appartenant à 100% à La Poste». Encore faut-il précisément que les Chambres fédérales accordent une licence bancaire à PostFinance.

Peter Hasler n’a en tout cas pas l’intention de lâcher quoi que ce soit de sa marge bénéficiaire. Dans une interview Claude Béglé avait mis la limite à 500 millions, Peter Hasler monte la barre entre 600 et 700 millions pour continuer à fournir les mêmes prestations. Sur le bénéfice 2009, 250 millions devraient aller à l’assainissement de la caisse de pension du personnel, 261 millions aux fonds propres et 200 millions à la Confédération.

«La Poste a toujours su ce qu’elle voulaità l’étranger. Mêmesi cela signifie davantage de risques»