La Poste lancera à la fin du mois une campagne visant à revaloriser dans le grand public l'image un peu poussiéreuse de la lettre. Il s'agit d'«encourager les Suisses à écrire davantage». Les volumes de courrier traditionnel sont certes en déclin un peu partout en Europe (et depuis 2002 en Suisse). Mais la lettre a des «atouts propres» (comme son caractère personnel et la charge émotionnelle qu'elle véhicule) que ne remplaceront jamais complètement les modes de communication électronique.

«Les lettres sont notre produit le plus important» et même «notre «vache à lait», a insisté Ulrich Gygi, le directeur de l'entreprise. Et cela le restera encore pour un moment. Le géant jaune s'attend à ce que, à la fin de la décennie, les Suisses échangent encore 2,5 milliards de lettres par an – contre 2,9 milliards actuellement. Ulrich Gygi dit ne pas croire en l'avènement du «tout-électronique». Depuis l'échec du portail Yellow World (un enfant de la Nouvelle Economie), La Poste est «devenue plus pragmatique».

Interrogé sur la question de savoir dans quelle mesure il espérait pouvoir enrayer le déclin des volumes de courrier grâce à sa campagne, Ulrich Gygi a expliqué que «tout ne se résume pas à des chiffres». L'objectif est «d'éveiller des émotions positives en relation avec La Poste». La campagne coûtera «quelques centaines de milliers de francs» dans un premier temps. Il est prévu de l'étendre l'an prochain à la clientèle commerciale. Le courrier commercial représente 80% des volumes échangés.

Au moins autant qu'à revaloriser les lettres, la campagne semble viser à adoucir l'image de La Poste elle-même, ou plus précisément de son équipe dirigeante. L'initiative postale, que le peuple vient de rejeter de justesse, exprimait une certaine défiance à l'égard de la politique menée ces dernières années, souvent jugée arrogante et technocratique dans son application, en particulier en relation avec la restructuration du réseau. Or, La Poste souhaite engager le réseau dans une deuxième phase de la réorganisation.

Ulrich Gygi s'est défendu vendredi d'être «un fanatique de la libéralisation». «Je reconnais que la concurrence peut avoir des avantages, mais ce n'est pas à moi de prendre les devants. Mon rôle est de m'adapter aux conditions-cadres fixées par le monde politique», a-t-il précisé. Si la limite du monopole de La Poste sur les envois devait être abaissée de 1 kg à 100 grammes en 2006 comme il en est question, La Poste serait «plus ou moins en mesure d'y faire face financièrement», a-t-il indiqué. Si on devait descendre plus bas (dans l'UE, la limite passera à 50 grammes), «le monde politique devrait expliquer» comment continuer à financer le service public.