Les premières découvertes médicales exploitables commercialement dérivées de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ne sont pas attendues avant quinze ou vingt ans. Pourtant, un premier conflit à caractère économique a déjà eu lieu aux Etats-Unis lorsque Geron, une entreprise de biotechnologie établie en Californie, s'est opposée juridiquement au prix de vente forfaitaire et universel de 5000 dollars (7246 francs) par ligne de cellules fournies aux scientifiques par WiCell.

WiCell est une organisation américaine sans but lucratif, fondée en 1999 dans l'Etat du Wisconsin, chargée de fournir des cellules souches à un prix abordable à la communauté scientifique. Cela a fâché Geron, société qui a financé les recherches du professeur James Thomson de l'Université de Wisconsin, premier au monde à avoir, en 1998, isolé et cultivé des cellules souches embryonnaires humaines. Geron, qui est également en relations d'affaires avec la multinationale suisse Roche, avait en effet préservé ses droits sur la future utilisation commerciale de la découverte. Finalement, en janvier 2002, un accord est intervenu au terme duquel Geron renonçait à la plupart de ses droits commerciaux sauf dans deux futurs domaines thérapeutiques potentiels: le traitement du diabète et des maladies cardio-vasculaires.

La bataille commerciale se situe donc déjà en arrière-fond d'une recherche qui pour l'heure, en Suisse, est laissée aux instituts universitaires. La multinationale bâloise Novartis, qui s'est dotée de règles claires et restrictives en la matière, contrôlées par un comité éthique interne, avait révélé, au printemps, mener deux projets de ce type en Autriche. Ils ont été discrètement abandonnés. «Je me suis renseigné, Novartis n'a plus rien dans le domaine des cellules souches embryonnaires, mais l'entreprise reste intéressée à ce que la communauté scientifique poursuive ce type de recherches», affirme Thomas Cueni, secrétaire général d'Interpharma. «Serono ne conduit pas de recherche dans ce domaine et n'a pas l'intention d'en entreprendre», ajoute Marc Aubert, porte-parole de l'entreprise genevoise, troisième entreprise biotechnologique mondiale. La société vaudoise Modex vend déjà un produit, substitut de peau, qui utilise des cellules souches adultes tirées de composants du cheveu. «Nous ne sommes absolument pas concernés par la recherche sur les cellules souches embryonnaires et n'avons aucun projet allant dans ce sens», indique Jacques Essinger, patron de Modex. Les observateurs indiquent qu'il est impossible de juger aujourd'hui du futur potentiel commercial de ces recherches, mais l'institut allemand de conseil en entreprises Helmut Kaiser l'estime à 57,7 milliards de dollars en 2010.